• Le pouvoir du réseau professionnel pour les femmes : briser les barrières et atteindre l’égalité en entreprise

    Parlons évolution et réseau professionnel. Dans la vie, il y a les belles et vraies rencontres, et celles qui nous laissent une impression de fadeur. Dans le milieu professionnel c’est un peu pareil, certaines rencontres nous marquent et d’autres nous laissent de marbre, pourtant on doit obligé.es de collaborer. Unir ses forces au travail ne veut dire que l’on va nouer des liens, ou même faire cet effort. Alors que 80% des offres d’emploi ne sont pas publiées, le réseau professionnel est généralement décrit comme important pour trouver un emploi ou étendre son influence professionnelle. Il permet d’ouvrir les opportunités commerciales quand on entreprend, mais aussi d’être dans les « petits papiers » pour une promotion.

    Or les femmes ont un réseau professionnel moins étendu que celui des hommes et elles ne représentent que 20% des dirigeants des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI). Le réseau professionnel semble un élément nécessaire, or, un réseau moins développé des femmes par rapport aux hommes n’est -il pas à l’origine de ce fossé ?

    Pourquoi un article sur le réseau professionnel ?

    Ça y est, toi qui fonctionnes principalement à la confiance et à l’affect, tu sens poindre le doute ? Le but de cet article n’est pas de te transformer en « socialite » (et pourquoi pas d’ailleurs !) mais de prendre conscience ensemble où le bât blesse pour les femmes, quand elles doivent développer un réseau. Si tu es concernée, le but est de prendre conscience des modes de fonctionnement fréquents et de poser la première pierre d’une démarche relationnelle construite…parce qu’aujourd’hui, le réseau bénéficie principalement aux hommes.

    Qu’est-ce qu’un réseau au juste ?

    En entreprise tu entends souvent « je ne connais pas les bonnes personnes », dans l’entrepreneuriat c’est « je me sens seule ». Le réseau, ce ne sont pas seulement les contacts directs, c’est aussi les contacts de ses contacts. Il est composé :

    • Du cercle de confiance : les proches
    • Du cercle de services mutuels : personnes à qui je peux rendre et demander service
    • Le cercle de connaissance : personnes rencontrées au moins une fois et avec qui je peux essayer de renouer si besoin
    • Cercle élargi : personnes qui appartiennent au même réseau structuré que moi (association, réseaux académiques, etc.)

    Bref un réseau est un cercle de connaissances plus ou moins proches sur lequel on peut compter, notamment sur le plan professionnel.

    Une étude sur le sujet en date de 2015 et a été réalisée par le cabinet de conseil Boston Consulting group + HEC au féminin + IFOP. Selon celle-ci, seuls 15% des cadres déclarent que le réseau est le fruit d’une démarche construite. Le réseau se construirait donc essentiellement selon les rencontres et les opportunités. On en déduit que le réseau marche avant tout à l’humain, il n’est pas froid et mécanique. Tisser des liens reste important pour la vie professionnelle.

    Les réseaux ont un bénéfice, or, les femmes ont un cercle de connaissances plus restreint que les hommes

    Le réseau, a néanmoins des avantages. Les bénéfices du réseau professionnel sont nombreux pour l’obtention d’un poste par exemple : recommandation, conseil, obtention d’information, et visibilité. Cependant, toujours selon cette étude, les femmes ont un réseau moins étendu que les hommes.

    Si pour la majorité des répondant.es à l’étude, cela implique un effort de construire un réseau, son utilité fait consensus. Aussi établir un réseau professionnel s’apprend, et des critères essentiels sont nécessaires :

    • Avoir confiance dans la personne (92%)
    • Avoir un bon feeling avec la personne (89%)
    • Savoir que l’on peut solliciter la personne pour un service, ou un conseil (88%)

    Les leviers identifiés d’un bon réseau

    Les raisons d’un réseauLes bénéfices d’un réseau
    Le plaisir d’échanger
    De rendre service
    De s’ouvrir à de nouveaux sujets, car cela peut donner des idées
    Cela permet de se sentir reconnu et soutenu
    Être recommandée
    Bénéficier de conseils de la part de professionnels
    Obtenir des informations sur le secteur d’activité ou l’entreprise
    Être en contact avec des partenaires
    Bénéficier d’une visibilité
    Leviers d’un bon réseau professionnel

    Toujours, selon cette étude, pour les femmes, le réseau est un cercle restreint entièrement de confiance, alors que pour les hommes, c’est un cercle relativement large de personne à qui l’on peut demander un service. Pour les premières il y aurait ainsi une notion d’affect, alors que pour les autres, l’approche serait plus pragmatique.

    Les femmes exclues des réseaux traditionnels

    Selon la professeur de management, Christina Constantinidis, les femmes se retrouvent souvent exclues des old boy’s networks (réseaux d’hommes) influents, historiquement construits par et pour les hommes. Les freins identifiés sont

    • Le manque de temps lié aux responsabilités familiales,
    • Le manque de crédibilité,
    • Le coût financier
    • La distance géographique, et,
    • Le manque d’information.

    Des facteurs individuels peuvent accentuer ces difficultés, notamment l’âge, l’origine ethnique, l’éducation et l’expérience professionnelle antérieure. Bref, pour résumer, les réseaux d’affaires en France sont traditionnellement l’affaire d’hommes plutôt blancs cisgenres.

    …Les choses changent

    Depuis les années 2010, les réseaux de femmes se développent. Le but, apporter une plus grande visibilité professionnelle aux femmes et briser le plafond de verre ensemble et se libérer des conditionnements. La plupart des réseaux s’adressent aux entrepreneuses, mais il s’agit de faire changer les mentalités.

    • Les Pionnières est un réseau d’incubateurs et de pépinières pour les entreprises innovantes ;
    • Professional women’s network, Leur ambition est de favoriser le développement des carrières des femmes cadres et dirigeantes grâce à du networking, à des ateliers, ou du mentoring.
    • Action ‘elles pour adhérer, il faut être entrepreneure et vouloir se verser un salaire grâce à la pérennité de son entreprise ;
    • Femmes Entrepreneurs organise tout au long de l’année des évènements gratuits à destination des dirigeantes et futures créatrices d’entreprise ;

    Il y en a plein d’autres. Le but est d’aller vers le réseau où l’on se sent à l’aise. Le tout est de participer à quelques évènements et de comparer 😉

  • Trouver sa « boussole du leadership » : être soi pour inspirer les autres

    Une personne que j’accompagnais m’a dit « je ne m’imagine pas autrement que maman ». Elle avait peur de ne pas avoir de passions et se demandait comment elle pourrait partager son enthousiasme avec ses équipes. Il s’agissait d’affirmer son leadership, c’est-à-dire de se retrouver en tant qu’individu, de communiquer et de trouver le message qu’elle souhaitait faire passer. Non, le leadership n’est pas un gros mot car il nous interroge sur ce point : comment communiquer et partager mes idées.

    J’ai connu des « situations SOS » en coaching. Celles de femmes exposées à la charge mentale du foyer, et qui nourrissent l’envie de projets vers l’extérieur. Je te propose un billet déculpabilisant et ludique. Le leadership c’est inspirer les autres, dans la vie personnelle comme professionnelle. La question souvent posée est faut-il nécessairement une passion pour cela? Alors je te demande en retour, et si t’exprimer suffisait? Quelques astuces de coaching dans ce post pour respirer.

    Porter ses idées c’est sortir la tête de l’eau

    On se pose ces questions quand on sent que les choses nous échappent. En effet, il y a des moments dans la vie où l’on a du mal à définir ses priorités, on se sent comme plongée dans les obligations du quotidien sans pouvoir sortir la tête de l’eau, bref, on est que le fantôme de soi-même. Cela arrive surtout en en moment de charge mentale. Une fois qu’un sort la tête de l’eau comment penser et prioriser ses nouveaux projets? Comment faire adhérer à ses idées ? Identifier sa boussole du leadership c’est le début d’un travail sur soi pour pouvoir identifier les projets avec lesquels nous sommes raccords.

    Savoir qui l’on est, c’est savoir ce que l’on souhaite

    En effet, une des garanties de l’efficacité du leadership est l’authenticité, c’est-à-dire rester fidèle à sa personne, à ses valeurs, à ses expériences. Cela permet de partager ses valeurs et sa vision morale et éthique. Bref il faut que les paroles et les actes collent, et qu’ils inspirent. Tout cela demande d’être alignée entre la pensée et l’action. Par exemple si tu n’aimes pas beaucoup communiquer ou que tu sois réservée, il est fort probable que tu sois mal à l’aise dans ton rôle d’animatrice, et cela les autres le ressentiront. Tu ne dégageras pas l’énergie adéquate pour faire la promotion de l’évènement, l’animer, et tisser des liens avec des personnes. Or, le leadership c’est connecter les gens à une vision et des valeurs profondes.

    Aussi,en accompagnement, le travail sur le leadership est profond et prend du temps, car ce n’est pas toujours évident de se reconnecter avec qui l’on est, et ce que l’on souhaite oser accomplir. Cependant, je t’invite à trouver ta boussole de leadership.

    La qualité n°1 est l’introspection : « connais-toi toi-même »

    Prends un joli cahier et consignes-y bien les réponses à ces questions, prends plusieurs jours nécessaires

    • Quelles sont tes valeurs cardinales, celles qui guident tes actions au quotidien ?
    • Y a-t-il une personne que tu admires ? Décris ses actions, les causes qu’elle défend, les traits de personnalités qu’elles dégagent, et pourquoi tu l’admires.
    • Repense aux situations où tu as été fière de toi, quel a été le contexte, avec qui étais-tu, qu’as-tu fais ou produis ? Qu’est-ce qui t’a poussé à donner le meilleur de toi-même ?
    • Qu’elles sont les qualités que te donne ton entourage, en quoi reconnaissent-ils avoir besoin de tes services ?
    • Il y a des choses que tu fais qui tu fais oublier les temps qui passe ?

    Maintenant, essaie d’identifier ce qui caractérise tous ces éléments. Le fil conducteur de tes réponses est-il :

    • Le courage
    • L’empathie
    • La soif de connaissances
    • La sagesse
    • Ton sens de l’esthétique
    • L’humanité
    • Etc.

    Le tout est de pouvoir identifier la valeur principale qui guide tes actions, celle qui te donne le nord.

    La qualité n°2 est l’extrospection : communiquer ça commence avec soi-même !

    Communique sur tes valeurs, sur ce qui te fait vibrer, sur tes aspirations. Pour cela rien de mieux que de rédiger un manifeste, qui est un écrit par lequel, tu prends l’engagement de respecter tes valeurs au quotidien.

    Qui suis-je?

    Le but du jeu est de te parler comme dans un livre ouvert. Pour te simplifier le travail, je te donne la trame. Complète les mots en gras par des phrases qui te parlent. Là aussi prends le temps de faire l’exercice au mieux, pour qu’il te parle.

    Je me présente à moi-mêmeJe prends des engagements envers moi-même
    Mon nom estJe suisTous les joursJe crois enJe travaille àJe suis intéresséeJe pense queLa clé estJe mets au défisN’oublie jamaisLibère toiApprendChoisisN’arrêtePrendsEngage-toiCrééOublieQuestionneAllonsChangeonsAyonsProfite … 
    Se connaître pour mieux prendre des engagements

    Comment j’aimerais me présenter aux autres : ce à quoi j’aspire

    A titre d’exemple, voici mon manifeste 😉

    « Mon nom est Annabelle

    Je suis une coach professionnelle certifiée et concernée par l’équité hommes-femmes

    Tous les jours je tâche de briser le plafond de verre, à ma manière, en aidant les projets à éclore

    Je crois en la bienveillance, la solidarité et la pugnacité

    Je travaille à faire de la mixité une réalité concrète

    Je suis intéressée par les trésors d’imagination que nous pouvons déployer

    Je pense que la vie est à propos des petits pas qui bout à bout nous font avancer grandement

    La clé est de prendre conscience de son grain, de son potentiel

    Je mets au défis de révéler la femmes puissante que tu es

    N’oublie jamais que tes rêves te donnent le nord

    Libère toi de la peur de mal faire

    Apprend à te concentrer sur le petit bout de toi que tu aimerais faire connaître au monde

    Choisis toujours de t’écouter

    N’arrête jamais de te questionner

    Prends soin de toi comme des autres

    Engage-toi à te libérer de tes peurs, chaque jours un peu plus,

    Créé la joie que tu auras pétrie à ta manière

    Oublie les blessures du passées mais pas leurs leçons

    Questionne le champ des possibles

    Allons loin des stéréotypes

    Changeons les perceptions

    Ayons l’esprit d’équipe

    Profite de chaque étape de ton processus d’éclosion »

    Bref, se connaître soi et ses aspirations suffit, pas besoin de passion pour inspirer les autre, sois ta propre boussole.

    J’espère que cet exercice t’aidera à y voir plus clair avec toi-même ! Profite bien de ce moment pour toi et n’hésite pas à compléter l’exercice par celui du bocal de confiance.

  • La charge mentale des femmes ici et d’ailleurs : le témoignage sensible d’Inaya Ifé

    « Je suis devenue juste une spectatrice de la vie des miens. Là c’est une douleur qui ne pourra sans jamais s’estomper. »

    Inaya Ifé est la belle-sœur d’une amie, elle a 35 ans et vit dans une grande métropole. C’est un prénom d’emprunt. Elle nous raconte sa charge mentale d’une femme à la fois d’ici et d’ailleurs. Venue de Madagascar par amour, elle nous raconte avec humour et pudeur la fierté et le poids de son éloignement, les deux faces de la même pièce, l’attachement aux siens. Comment le déracinement ajoute-t-il un peu plus à la charge mentale d’une femme ?

    Cher journal pas très intime,

    Aujourd’hui je vais te parler d’une situation qui touche beaucoup de femmes, bien que des hommes soient également concernés. Mais on ne va pas se mentir, le sujet que je vais aborder est surtout une problématique qui atteint plus de femmes que d’hommes.

    Par où commencer ?

    Ah oui, peut-être te dire de quoi il s’agit ?

    Mais avant cela, il faut que tu saches, que c’est une personne qui m’est très proche, pour ne pas dire de ma famille 😊, qui m’a demandé d’écrire sur le sujet. Sans quoi, je ne l’aurais jamais fait. Elle me demande de partager mon ressenti, par conséquent mon vécu. Aussi, j’essaie de trouver un moment dans ma journée pour m’assoir et me pencher là-dessus, tout en pensant que je ne vais jamais trouver le temps de faire ça, car j’ai mille choses à faire à côté, qui me semblent « plus importantes » et je ne suis pas non plus forcément inspirée même si le sujet me parle. Je prends sur moi. Allez focus, je me concentre.

    C’est parti ! on va parler de la CHARGE MENTALE.

    En parler c’est bien sûr entrer dans mon intimité. C’est un exercice qui n’est pas évident pour moi. Je partage rarement ma vie privée, surtout lorsque cela implique de mettre en lumière les côtés dont je ne suis pas fière, les parties qui ne sont pas « diffusables » sur les réseaux, car finalement on a l’impression que nous sommes seules dans ces situations de désarroi. Je sais bien que non, mais ce sentiment d’autojugement est tenace.

    La charge mentale une fatigue psychique mais aussi physique

    Il est difficile aussi d’aborder ce sujet sans avoir le sentiment d’incriminer mon conjoint et de lui donner le mauvais rôle qui justifierait mon état. En effet, si je me base sur une des définitions, il s’agirait du « poids psychologique que fait peser la gestion des tâches domestiques et éducatives, engendrant ainsi une fatigue physique et surtout psychique ». Ce serait injuste et surtout absolument faux de dire que je supporte seule toutes ces tâches, car j’ai la chance d’avoir à mes côtés, quelqu’un qui s’implique dans la gestion de notre quotidien.

    …Qui atteint surtout les femmes : exemples

    Néanmoins, malgré cela, il faut croire que ce n’est pas assez. Ce n’est pas moi qui le dis. C’est mon état psychique. 😊 . Mais pour être tout à fait honnête, ma charge mentale n’est pas le résultat seul d’une pensée incessante de l’organisation de notre vie quotidienne, même si je dois quand même rappeler pour la petite parenthèse, que c’est moi qui fait penser à monsieur mon mari qu’il doit appeler sa maman de temps en temps, qu’il n’oublie pas de s’acheter son propre gel douche (oui on ne le partage pas.lol) pour ainsi éviter d’utiliser le lave main en substitution ou encore qu’il anticipe l’achat d’une éponge pour la vaisselle ou de mettre le sac poubelle sur la liste des courses.

    « Anticiper » la vie du foyer comme élément déclencheur de la charge mentale

    Ah oui ! avant de fermer cette parenthèse, et d’exposer l’autre source de cette charge, je veux pointer du doigt l’autre élément déclencheur de ce stress : L’ANTICIPATION. Et oui, ANTICIPER, pour que rien ne manque et que la vie de « tout le monde » soit plus facile et fluide, pour gagner du temps et surtout de ne pas être dépourvu de quelque chose au moment opportun. Cette anticipation est d’autant plus importante et fondamentale (à mes yeux, toujours) depuis qu’on a un enfant. A deux c’est gérable, mais quand on un petit c’est tout à fait autre chose. Exemple typique, le changement de saison. Si on prend la transition hiver/printemps/ été, cela implique que l’on doit anticiper la sortie des vêtements adéquats pour ta progéniture. Il ne suffit pas de les ressortir, il s’agit de vérifier si ses vêtements lui vont toujours, car oui un enfant ça pousse constamment. Je ne parle même pas des chaussures. Tu dois alors t’organiser dans ta journée, entre le travail et ton temps « libre » pour prioriser cette tâche, faire le tri, ranger/stocker les vêtements d’hiver et sortir les vêtements d’intersaisons, car il ne fait pas tout à fait chaud et écumer ensuite les sites et les magasins pour les achats si besoin (et c’est très souvent le cas).

    La solitude face à l’organisation et à l’anticipation de la vie du foyer

    Autre exemple : penser à changer et mettre à laver les draps (housse, couette, taies d’oreiller) et les serviettes de tout le monde. L’anticipation ici se situe au mode et à l’agencement pour le séchage de tout ce fouillis quand on n’a pas de sèche-linge et que l’on vit dans un appart. Les habitants de la maison (je n’inclus pas encore mon fils. Pas encore lol), pensent que leurs lits douillets et qui sentent bons arrivent tout seuls ; finalement comme le dentifrice et les brosses à dents qui sont toujours au rendez-vous, c’est-à-dire neufs et non défraichis.

    Je peux continuer cette liste encore et encore, mais je vais m’arrêter là et fermer cette parenthèse.

    Mettre en lumière les effets de mon bagage familial et culturel

    Je suis originaire de Madagascar, pays où la valorisation de la femme passe avant tout dans sa capacité à pouvoir gérer d’une main de fer sa maison, sa vie de famille, sa position d’épouse et aujourd’hui sa vie professionnelle. Cette dernière est entrée dans la balance relativement tard, car les femmes malgaches jusqu’à, il y a environ 4 décennies, étaient encore nombreuses à être des femmes au foyer. Ainsi, que ce soit au niveau familial et culturel, filles ou garçons, nous avions tous eu cette image et cette vision évidente de la maman qui s’occupe absolument de tout sans rechigner, et si c’était le cas, pas de manière revendicatrice et juste auprès d’amies très proches et encore. Eh oui et encore ! l’esprit de sacrifice et de dévotion pour le bien être de la famille sont considérés comme de grandes qualités chez la femme…mais ça, c’est un autre débat.

    Le modèle patriarcal dans toute sa splendeur, modèle culturel, seul modèle que j’ai connu et qui semblait convenir à tout le monde

    Avec le recul et surtout depuis que je suis maman, je me suis demandé comment ma mère a fait pour gérer ses 4 enfants sans compter les innombrables allées et venues des cousins, cousines, oncles, tantes, l’implication dans les activités de l’église, des kermesses en tout genre, et tout cela en s’assurant que chaque repas soit préparé délicatement par ses soins. Autant dire que la barre a été très haute. Ma mère ne travaillait pas, certes, mais aujourd’hui il est démontré dans de nombreuses situations, ce que représente la charge de travail d’une femme au foyer. La maman est à la fois gestionnaire, coordinatrice, cuisinière, éducatrice, infirmière et j’en passe. Tout ça sans être payée et sans l’aide de l’homme. Eh oui, ce dernier s’assurait de payer les factures et que l’on ne manque de rien. Bref, le modèle patriarcal dans toute sa splendeur, modèle culturel, seul modèle que j’ai connu et qui semblait convenir à tout le monde.

    La charge mentale des femmes un sujet encore tabou

    Cet exemple de ma mère ainsi que de beaucoup de femmes vivant au pays me faisait culpabiliser, car je ne comprenais pas pourquoi je me sentais submergé et pas elles ? Pourquoi les autres y arrivent et pas moi.

    Les réponses à mes questions, je les ai trouvées au fur et à mesure des années, grâce à mes propres expériences, mais aussi à force d’observer et d’écouter celles des autres. C’est surtout ici, dans mon pays d’accueil, la France, que j’ai pu avoir certaines révélations, qui sont finalement tellement évidentes après coup.

    La solitude du couple la raison de la charge mentale et du babyblues en France

    La charge mentale touche énormément de femmes, dans tous les pays du monde, mais à des degrés différents. Il y a des degrés gérables comme chez les femmes malgaches par exemple, et selon les situations, car la pression et le stress sont largement estompés. Si on prend l’exemple de l’arrivée d’un bébé. Jamais auparavant, je n’ai connu de jeune maman malgache qui avait le baby blues. Pour nous c’était un truc de « blanc ». On ne pouvait même pas comprendre pourquoi la femme pouvait être à ce point malheureuse après l’arrivée d’un événement si heureux. Je ne dis pas que le phénomène n’existe pas, mais je ne vais pas m’étaler sur notre manque d’informations et d’éducation à ce sujet, d’autant plus que c’est même presque tabou d’insinuer que l’on est touché par cela. Ici, je me focalise sur la charge mentale qui incombe à la femme dans des situations similaires, mais dans des conjonctures différentes. De mon expérience, en France, une fois maman on devait avec mon mari, gérer seuls notre nouveau foyer, gestion d’un nouveau-né, qui rappelons-le n’est pas fourni avec un mode d’emploi malgré tous les bouquins sur le sujet. Il ne suffit pas de nourrir l’enfant, on continue de vivre aussi à côté. Continuer de faire le ménage, à manger, le linge à laver, qui par ailleurs augmente de manière exponentielle, c’est assez impressionnant.

    L’isolement de la maman c’est se sentir dépassée

    Maintenant, voici le topo, le père a 11 jours de congé paternité, la maman se retrouve ensuite seule avec tout ce changement. La fatigue plus le temps que son corps se remette de l’accouchement. PAS LE TEMPS de penser à tout ça, le bébé faut s’en occuper, la maison pareille, il faut s’en occuper…dans ce cas-ci, même si de prime à bord l’accouchement s’est bien passé et que dans le couple en temps normal tout est harmonieux, rien ne laisse donc présager que l’on va se prendre la tête pour un biberon pas laver. Et bien croyez-moi, ce rien peut faire exploser toute la maison tellement on se sent dépasser. Pourquoi ? Et bien parce qu’on est isolé.

    En France, pourquoi ne pas accompagner les femmes dans les premiers mois suivant l’accouchement ?

    Ici, contrairement à Madagascar, les proches auront plus de mal à aller vers nous, car ils supposent que l’on veut notre intimité durant cette période. Cette réflexion se tient. Mais pour moi qui suis malgache et qui a déjà été témoin et membre active d’une famille qui a accueilli des bébés, je peux te dire qu’accompagner la maman dans les premiers jours suivant l’accouchement et d’aider dans la gestion de la maison, c’est essentiel et même primordial. Je considère même aujourd’hui que c’est un privilège, et un vrai luxe. Certes, on n’a pas l’intimité que l’on revendique ici en France, mais finalement les effets de cette solidarité sont indéniables et flagrants. Les jeunes parents sont mieux disposés pour entamer leurs nouvelles responsabilités. La maman a le temps de se doucher, de se laver les cheveux (la base) et même de sortir avec ses copines, car il y aura une armada de nounous qui sont disponibles à toute heure. D’abord la grand-mère, les sœurs, les cousines et même les copines. Elles sont de confiances et expérimentées. Et oui, car on parle aussi de la transmission du savoir-faire et savoir-être de génération en génération. Anecdote qui m’a fait sourire, une fois que j’avais accouché, ici en France donc, les sages-femmes étaient étonnées de voir mon assurance quant aux gestes que j’avais pour la prise en main de mon nourrisson…merci maman et ma sœur chérie.

    La différence entre Madagascar et la France c’est que les femmes sont entourées, notamment lors de l’accouchement

    Cet exemple post-partum m’a d’autant plus frappé quand j’ai vu une émission à la télé française, qui vantait les mérites des pays d’Europe du Nord, qui mettaient en place un système d’accompagnement pour les jeunes parents après l’arrivée d’un bébé pendant environ 3 mois. Deux sages-femmes se relaient pour aider avec le bébé et la tenue de la maison. Même le ménage était pris en charge par ses personnes.  Si à Madagascar cet accompagnement se passe plutôt dans le cadre familial, dans les pays dits développés, le système est plutôt étatique. L’un comme l’autre, je trouve l’initiative pertinente et d’utilité publique. On s’assure ainsi de la santé mentale des parents et de minimiser leur charge mentale. Je dis minimiser, car de nos jours on ne peut plus vraiment y échapper totalement.

    Mais pour revenir à l’émission que j’ai vue, tout comme les chroniqueurs, je me demandais alors pourquoi cet accompagnement et l’implication étatique ne se généralisent pas partout ailleurs notamment en France. Les bienfaits sont pourtant indéniables. Encore un autre sujet à débattre.

    Je vais bientôt clore ce sujet. Je ne m’attendais pas à avoir finalement autant de choses à dire. 😊.

    La culture d’origine : source de fierté et de charge mentale

    La charge mentale qui m’incombe c’est aussi le devoir que l’on a en tant qu’enfant du pays à aider les siens. Il est pour nous dans l’ordre des choses de contribuer financièrement aux dépenses de nos parents une fois qu’ils sont trop vieux pour travailler et d’avoir des revenus. Ils se sont occupés de nous toute leur vie, alors une fois que nous sommes disposés à « rendre l’appareil » on le fait. La vie étant ce qu’elle est, avec les hauts et les bas, on ne peut cependant pas se permettre d’arrêter d’aider nos proches malgré les bas. La notion de devoir envers nos proches dépasse l’entendement de nos pairs dans les pays occidentaux. On fonctionne comme ça chez nous, on ne peut faire autrement. Au contraire, malgré les difficultés, nous sommes même fières et soulagées quand on peut aider. Mais cela devient une source d’angoisse quand on est en période de traverser de désert comme moi. Fraîchement au chômage.

    La douleur d’être spectatrice de la vie des miens

    Par ailleurs, il y a aussi le fait que je suis devenue juste une spectatrice de la vie des miens. Là c’est une douleur qui ne pourra sans jamais s’estomper. Mais la vie est faite de choix, et chaque choix à ses conséquences. Moi qui ai eu l’habitude d’être avec mes neveux, mes nièces, frère, sœurs, mère, père, etc. D’être là à chaque étape de leurs vies. Aujourd’hui à distance, je ne peux que leur envoyer les cadeaux d’anniversaires, de Noël, totalement dépourvus d’intimité, mais seules manifestations concrètes pour leur signifier que je pense toujours à eux. Le geste est là, mais tout ça, il faut le financer. Donc quand je peux je le fais, mais la frustration est grande, car tu veux pouvoir gâter tout le monde, en même temps.

    La charge mentale quand on vient d’ailleurs c’est aussi me demander si je reverrai les miens en bonne santé

    On essaie aussi de combler ce vide par les appels, mais encore là il est difficile de trouver un moment qui va à tout le monde, décalage horaire, rythme de vie ici et là-bas…on s’envoie plus de photos et vidéos finalement que de moment de discussion par téléphone. Des photos pour voir la vie et l’évolution des uns et des autres avec quelques légendes pour nous tenir au courant des événements.

    La charge mentale c’est aussi cela pour moi. Cette pensée constante à se demander si un jour je reverrai ma grand-mère, le reste de ma famille ou encore une de mes meilleures amies qui est très malade.


    Promis je prends le temps de faire les choses pour moi

    J’ai encore des choses à dire, mais je crois que je vais arrêter là histoire de laisser mon cerveau respirer et de continuer à apprendre à lâcher prise. Plus facile à dire qu’à faire.

    Je vais déjà essayer de programmer une ou deux sorties avec des amis, car cela fait 4 mois que l’on tente de se caler un truc, mais on est tous dans le même bateau 😊 .

    Je vais également prendre un moment pour répondre aux textos que j’ai reçus il y a deux jours et que j’ai mis de côté, car j’ai été distraite par mon fils qui me sollicitait pour l’aider à la construction de son bateau lego.

    Complémentarité n’est pas interchangeabilité des rôles …à méditer!

    Il n’y aura pas de vraie conclusion à ce billet en ce qui me concerne. Trop de paramètres à prendre en compte. Le lâcher-prise et la délégation des tâches tant prônée ne suffiront pas à résoudre la situation. Pendant longtemps je pensais qu’être complémentaire dans la vie commune aurait pu être la solution. Être interchangeable par contre dans nos tâches et dans notre organisation s’avère beaucoup plus efficace. Je sais juste que suite à ce papier, j’ai pu discuter de certains points avec mon conjoint, ça nous a fait rire, réfléchir et nous a permis de mettre les choses à plats.

    Pour ce qui est de ma relation à distance avec la famille et à mon pays c’est un autre sujet 😊 .

    Allez je te laisse !

    Inaya Ifé

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  • Le « leadership féminin » est réducteur pour les femmes

    Parler de leadership féminin est réducteur pour les femmes car répond aux stéréotypes de genres.

    • Les hommes sont forts, dominants et affirmés
    • Les femmes sont gentilles, amicales et portent attention aux autres

    Ça, c’est ce que l’on appelle des stéréotypes de genres. À titre d’exemple, la psychologue et enseignante Évelyne Daréoux note que les personnages masculins sont plus présents et plus visibles que les personnages féminins. Ainsi, ils sont plus nombreux que les personnages de sexe féminin, que ce soit dans les titres des ouvrages (78 % vs 25 %), dans les couvertures (78 % vs 48 %) ou dans les illustrations. Ils occupent aussi les rôles principaux, alors les personnages féminins occupent davantage les rôles secondaires : à titre d’exemple, 83 % des pères occupent le rôle du héros contre 17 % des mères[1].

    On note alors que les femmes et les hommes ne sont pas socialisés de la même façon. On attend d’eux des stéréotypes et des rôles de genres qui expliquent qu’ils ne se comportent pas de la même manière. Ceci a des répercussions sur la représentation qu’ils ont de leur leadership. En effet, selon la représentation commune, le leader est une personne charismatique, visionnaire, confiante et qui inspire les autres…rôle de genre attribué aux hommes.

    Depuis quelques années apparait cependant le terme de « leadership féminin ». S’il a l’avantage de pointer du doigt que, oui, l’ambition existe chez les femmes, ce terme, « leadership féminin », n’est-il pas réducteur pour les femmes elles-mêmes ?

    Le défi des femmes : briser le plafond de verre

    Marion Darrieutort[2], fondatrice et CEO de THE ARCANE, ainsi que co-présidente d’Entreprise et Progrès, estime que « si, dès l’enfance, on cesse de leur mettre dans la tête qu’elles n’y arriveront pas, un jour les femmes seront au moins aussi nombreuses que les hommes à diriger de grandes entreprises multinationales ! ». Cependant, les rôles de genre ont la vie dure et persistent depuis des siècles. Par exemple l’enseignement ménagé a été institué pour les filles en 1882 lors de l’institution de l’école de Jules Ferry. Ce n’est qu’en 1984 que l’épreuve facultative d’enseignement ménager disparaitra du baccalauréat. C’est au moins plus d’un siècle d’institutionnalisation et de transmission de la place des femmes dans le foyer (où elles sont en général plus investies que les hommes[3]). Cette image a bridé aussi son image professionnelle. Les femmes ont un nouveau défi devant elles, briser le plafond de verre professionnel. Le plafond deverre désigne l’accessibilité limitée :

    • aux plus hauts postes d’une organisation
    • à certaines catégories de personnes au sein des entreprises.

    …Car les progrès statistiques des femmes en situation de pouvoir sont à prendre avec précaution.

    La loi dite Copé Zimmermann de 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle impose un quota de femmes dans les instances dirigeantes des sociétés cotées[4]. Cette loi a pu être un tremplin pour les « femmes de pouvoir » ou « futures dirigeantes ». C’est alors que l’on a découvert le terme « leadership féminin », comme si le leadership était genré. C’est dire que le pouvoir est normé et répond à des qualités bien définies selon les genres. Ainsi, le leadership féminin mettrait l’accent sur les qualités et les compétences traditionnellement associées aux femmes. Par exemple, l’empathie, la collaboration, l’inclusion et la communication. On peut lire dans certains articles ou certains ouvrages que les leadeuses féminines sont souvent reconnues pour leur capacité à encourager la participation et l’engagement de leur équipe, à favoriser une culture de travail saine et à promouvoir des résultats durables et à longs terme. Bref elles seraient source de productivité.

    Le « leadership féminin » c’est enfermé les femmes dans la marginalité

    L’approche d’un leadership féminin laisse pointer deux bémols :

    • C’est un concept né pour l’organisation du changement des grandes entreprises, car rappelons que les femmes ne sont que 14% des dirigeants des entreprises non cotées en bourses de + de 50 salariés. Les inégalités d’accès aux postes de direction sont encore bien présentes.
    • C’est un concept très réducteur, car le leadership ne devrait pas être associé à un genre en particulier. En effet, les compétences et les qualités nécessaires pour être un bon leader ne sont pas liées au genre. Elles sont plutôt liées à la personnalité et à l’expérience de chacun.

    Les leaders incarnent des qualités telles que l’empathie, la collaboration, l’inclusion et la communication, et cela, peu importe leur genre. Les femmes ont autant de potentiel que les hommes pour être des leadeuses efficaces et inspirants à part entière, pris dans leur singularité. Il est donc important de promouvoir une culture de travail qui encourage la diversité et l’inclusion. Ceci afin que chacun puisse exprimer son leadership de manière authentique, et efficace. En fin de compte, le leadership est une question de compétences et de qualités personnelles, et non de genre.

    En conclusion, le terme de « leadership féminin » peut sembler positif à première vue, mais il ne fait que renforcer les stéréotypes de genres. Il est important de promouvoir un leadership inclusif, basé sur les compétences et les qualités de chacun. Un premier pas serait de parlait de « leadership des femmes » car nous sommes plurielles.


    [1] Des stéréotypes de genre omniprésents dans l’éducation des enfants

    [2] Pour le dossier « Repenser l’égalité femmes – hommes comme un levier de performance pour les organisations » de The great place to work – 2020

    [3] INSEE, analyse, « Le partage des tâches domestiques et familiales ne progresse pas » – 2020

    [4] Cependant, dans les sociétés non cotées de plus de 50 salariées, les femmes sont très peu représentées puisqu’elles ne représentent que 14% des dirigeants.

  • La liberté de disposer de son corps : le débat #Metoo entre Catherine Deneuve et les autres féministes

    La liberté de disposer de son corps est-elle compatible avec une liberté d’importuner?

    Tu te souviens des images d’Adèle Haenel qui quitte la salle des César, en criant : « La honte ! » ?

    En réaction à l’affaire Weinstein, du nom du producteur de cinéma accusé de viol et d’agressions sexuelles, né le mouvement #metoo, dénonçant les agressions subies, notamment par les personnalités féminines. Là, je ne sais pas si tu te souviens, mais une tribune critique du mouvement #metoo intitulée « liberté d’importuner » est publiée dans le monde le 10 janvier 2018. Cette tribune est signée par une centaine de femmes, dont Catherine Deneuve, et alerte du risque pour les femmes de « s’enfermer dans un rôle de proie ». Ce qu’il est intéressant de relever c’est la question qui se cache derrière ces deux visions du féminisme : que symbolise notre corps, à qui appartient-il ?

    Les luttes féministes des années 1970 portaient sur « la propriété de son corps »

    Catherine Deneuve a été l’une des figures de proue du manifeste des « 343 salopes » de 1971 qui scandait alors « nous voulons être les seules propriétaires de notre corps », car elles luttaient en faveur de l’avortement alors interdit en France. À travers le droit à l’avortement, il se posait déjà la question de savoir à qui appartient le corps des femmes. Aucun droit à la contraception n’était possible jusqu’en 1967, la relation sexuelle était ainsi synonyme de procréation. Sous le joug de l’interdiction par la loi, et par l’Église encore très présente, le corps des femmes ne leur appartenait pas. En cas « d’accident », les femmes devaient garder le bébé ou avorter clandestinement, sans prise en charge à l’hôpital. Dans ce contexte, comment pouvez-telles dire « je fais ce que je veux de mon corps » et dès lors jouir d’une liberté sexuelle ?

    …Mais a-t-on le total contrôle sur notre sexualité aujourd’hui ?

    Aujourd’hui tout a changé, me diras-tu : nous avons accès à la contraception, et l’avortement a été légalisé…bref nous sommes maîtresses de nos corps et de notre sexualité. Et bien ce n’est pas si facile. Nous pouvons être victimes de préjugés de par notre apparence physique, nous pouvons être victimes d’agressions sexuelles parce que quelqu’un exerce une position de domination sur nous. Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, en 2020, il y a eu près de 55 000 agressions sexuelles enregistrées. Ça c’est quand la victime porte plainte, alors imagine le nombre réel. Alors que la parole se libère, le nombre d’agressions enregistrées augmente. Ainsi, la sexualité n’est pas anodine, par celle-ci, les agresseurs prennent le pouvoir sur une femme en faisant effraction dans son intimité, il la dépouille de sa liberté de dire « non » ou « je ne suis pas d’accord ».

    Voir les femmes comme ayant toutes seul le contrôle de leur sexualité c’est oublier le contexte social dans lequel nous évoluons

    Je ne suis dès lors pas d’accord avec le texte « liberté d’importuner » car dans le cas d’une agression on nous vole « notre liberté de dire non ». Aussi le texte dit-il « nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes (…) » et ne fait aucunement mention de l’éducation des petits garçons. Ce texte revient à surresponsabiliser les femmes en les rendant actrices uniques du jeu de séduction, voire comme ayant le contrôle du jeu de séduction à elles seules. C’est omettre le contexte social dans lequel nous évoluons.

    …L’image de la femme désirable que l’on voit partout parvient à brider la totale affirmation de soi.

    Le corps des femmes nourrit tous nos imaginaires, des posts sur les réseaux sociaux, à la télévision, le corps dénudé des femmes sert à vendre un pot de yaourt, comme des régimes. Il y a celui qu’il faut atteindre, ou conquérir, et celui dont on ne voudrait pas. Avec cela nait le concept de la « femme désirable », celle que l’on voudrait être (pour beaucoup) ou celle qui faut séduire. La femme désirable à un corps qui répond à des canons de beauté. Bien que de plus en plus présents, les canons de beauté sont beaucoup moins oppressants chez les hommes. Mon sentiment est que cette image de la femme parfaite parvient -plus ou moins consciemment – à brider les désirs d’affirmation de soi, y compris de sa sexualité. Bref l’érotisation du corps des femmes peut générer une situation de domination pour l’homme.

    Tant que le corps des femmes servira à vendre, des objets, comme des relations, nous serons en position de vulnérabilité sociale, économique et sentimentale. Dans une économie de la consommation, le corps des femmes est relayé au rang de choses. Dans un tel contexte, il est difficile de prendre l’emprise sur soi, sur le rapport de séduction, et sur sa sexualité…les luttes féministes se sont alors peut-être déplacées de l’emprise de son corps, à l’emprise sur son environnement.

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  • Est-ce que l’on s’appartient quand on se maquille ?

    En 1880 apparait le premier bâton de rouge à lèvres, à base de cire à bougie. Le maquillage des lèvres est alors réservé aux actrices, aux demi-mondaines, ou aux prostituées. La démocratisation du rouge à lèvres commencera après la Première Guerre mondiale. C’est une période d’émancipation pour les femmes qui remplacent les hommes qui sont au front, dans l’industrie. C’est dans les années 1920 que le rouge à lèvres moderne né. Il est inventé par le chimiste Paul Baudecroux, qui invente le rouge à lèvres indélébile. Cette petite histoire du rouge à lèvres place le contexte du nos ambigüités face aux cosmétiques. Alors, notre routine beauté, signe d’émancipation, ou signe d’aliénation ?[1]

    Un retour à des pratiques beautés naturelles durant le confinement

    Se maquiller devant le miroir le matin. Cela peut-être un petit rituel qui fait du bien à l’égo, comme une routine prenante. Dans les publicités ou sur nos réseaux sociaux, le maquillage est en top des apparitions. Il est souvent décrit comme un moyen de mise en beauté, tout comme d’affirmation de soi. Pourtant, lors de la crise du COVID 19 de plus en plus de femmes ont délaissé le maquillage. En effet, 21% des femmes déclaraient se maquiller quotidiennement en 2020, contre 42% en 2017, selon l’institut de sondage IFOP. On parlait de tendance « no make up ». Le confinement a plutôt accéléré la tendance dans les routines de soin du visage. Nous étions nombreuses à vouloir améliorer la qualité de notre peau et à vouloir revenir à un visage naturel, dépourvu de produits chimiques. Les pratiques cosmétiques rejoignent alors la perspective des mouvements de jeunes femmes mobilisées contre les stéréotypes de genre et le trop-plein de pression sociale.

    …Qui n’a pas résisté au boom des tutos maquillages à la sortie de la pandémie

    Paradoxalement, avec le boom du e-commerce qui a eu lieu pendant la pandémie, nous sommes une femme sur trois à avoir acheté des produits de beauté en ligne en 2021, toujours selon l’IFOP. Les produits de beauté sont la catégorie la plus achetée par les consommatrices françaises sur les réseaux sociaux. Ils se diffusent partout, notamment via les tutos. Facebook et Instagram sont les plateformes privilégiées pour l’achat de ces produits de beauté. Bien que le télétravail puisse permettre un look plus détendu pour travailler, le retour à nos postes de travail a sonné l’heure d’un esthétisme plus sophistiqué.  Bref, si on se permet un look plus naturel à la maison, il semblerait que le travail impose des contraintes quant à l’apparence. En effet, seulement 50% des femmes disent pouvoir aller au travail sans être maquillées[2].

    Malgré l’aspect fun des tutos maquillage, se maquiller peut-être une forme de pression sociale

    Le maquillage peut être une forme de pression sociale, car 35% des Françaises pensent que l’absence de maquillage en public est une forme de « laisser aller », et 51% disent se maquiller pour les autres plus que pour elles-mêmes. Cela pointe le rapport entre le maquillage, l’apparence et l’image que l’on tient à montrer en public. Cela montre aussi à quel point nous pouvons être fragiles et pas très au clair avec la question du maquillage et de l’apparence de soi, puisque :

    • Selon 35% des femmes, femme très maquillée est superficielle
    • Selon 7% des femmes, une femme portant du rouge à lèvres est sexuellement disponible

    Dans ce cas, nos pensées sur le maquillage peuvent être sexistes dans le sens où elles contribuent à jeter un regard négatif sur la femme qui se « maquille trop », celle qui n’a pas les codes des catégories socio professionnelles plus élevées (selon l’étude ce sont elles qui se maquillent le moins). En effet, le maquillage en dit beaucoup de la personne qui le porte, et sur son sens de l’esthétique. Il est aussi le miroir de nos idéaux en termes de beauté, quand on se maquille, on s’expose aux regards. Finalement, la pression sociale c’est le regard que l’on porte sur quelque chose qui doit correspondre à des pratiques partagées : « Se maquiller oui, mais un peu ».

    Malgré tout, le maquillage peut être un symbole d’affirmation de sa personnalité

    Si on regarde la situation à l’envers, le maquillage peut être vu comme un symbole militant et d’affirmation de soi et de sa personne. Porter des couleurs bariolées et criardes c’est souvent le faire en connaissance de cause et c’est souvent braver les préjugés. C’est vouloir affirmer sa créativité et sa singularité. Se maquiller c’est avoir le courage de l’affirmation, qu’importe « ce qu’en diront les voisins ».

    Le meilleur maquillage est celui qui nous fait plaisir et que l’on assume ! Se maquiller est certes un geste quotidien pour certaines, mais il n’est pas anodin dans le sens où l’on consacre environ 15 minutes devant le miroir pour mettre en valeur, voire modifier nos traits naturels. Le maquillage est encore clivant, car on ne maquille pas de la même façon dans tous les milieux sociaux. Comme nous le montre l’histoire du rouge à lèvres du début, les femmes se maquillant beaucoup souffrent de préjugés. C’est aussi le cas de celles qui ne se maquillent pas. Entre les deux, la marge de manœuvre pour s’approprier cette pratique est étroite. Lorsque l’on se maquille, la question que nous devrions nous poser est si nous le faisons pour nous, ou pour le regard des autres ? Prenons-nous du plaisir ou est-ce une contrainte ?


    [1] Pour répondre à cette question j’ai consulté l’étude IFOP x Slow make up de 2020.

    [2] Enquête IFOP pour slow cosmétique.

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  • Apprivoiser ses peurs : un exercice utile

    « J’y vais…j’y vais pas », « Que va-t-il m’arriver si je tente le coup ? », « Je ne suis pas sûre du résultat ». Ça y est, tu te vois en train de te poser mille questions face à ton nouveau challenge ? Rassure-toi, la peur n’a rien de mauvais, c’est un signal émotionnel qu’il faut savoir interpréter. Elle est en lien avec le sentiment de confiance en soi, celle qui te donne l’impression de prendre des décisions avec des risques calculés.

    La confiance en soi ce sont les expériences accumulées

    La confiance en soi n’est rien d’autre que l’expérience du vécu. Avoir confiance c’est pouvoir se dire « ça, je sais/saurais le faire, j’y vais ». Ainsi, je sais que je dispose des compétences, des ressources intérieures ou externes ainsi que des attitudes qui vont m’aider à oser franchir un cap ou passer à l’action. Dès lors, la confiance en soi, ce sont les preuves de notre capacité à faire les choses. C’est comme bien maîtriser la recette du tiramisu, et la proposer sans crainte de loupés à tes invités. Ou encore, dans un autre domaine, tu postules des postes dont tu sais maitriser les prérequis à l’embauche. Bref la confiance se pétrit dans l’intimité et l’expérience.

    La confiance en soi ce sont les expériences accumulées

    Le problème est que souvent on n’ose pas. On ne passe pas à l’action, car on ressent des émotions désagréables. Selon Daniel Goleman, psychologue américain et pionnier des études sur l’intelligence émotionnelle, ces dernières sont au nombre de six :

    • Colère : qui est le besoin de s’affirmer, de faire respecter ses valeurs, de poser ses limites
    • Tristesse : qui est reliée au deuil créé par le renouveau ou la nécessité d’acceptation
    • Joie : qui est un sentiment de plaisir, de bonheur intense, caractérisé par sa plénitude et sa durée limitée
    • Peur : qui est reliée au besoin de survie, de protection et/ou de sécurité
    • Surprise : qui est le fait d’être frappé par quelque chose d’inattendu
    • Dégoût : qui est un sentiment d’aversion, de répulsion, provoqué par quelqu’un, quelque chose

    Ainsi les émotions sont comme des messages qui nous relient à nos besoins.

    L’émotion de peur entame notre confiance en nous

    Peur de l’inconnu, peur de l’incertain, peur de l’échec…C’est souvent la peur qui est paralysante à l’heure d’entreprendre un nouveau projet. En effet ce qui rentre souvent dans l’équation est les risques que l’on prend, on peut par exemple se demander s’ils ne sont pas trop grands. On compare ainsi l’analyse de nos risques personnels avec ce que l’on a déjà su faire. La peur est donc liée à la confiance en soi, qui consiste aussi à reconnaître nos émotions afin de les apprivoiser.

    Pour t’aider les jours où tu dois prendre une décision importante, je te propose l’exercice du bocal de confiance, n’hésite pas à prendre plusieurs jours pour le faire, le plus important est le travail d’introspection.

    Il est important d’être dans un endroit calme pour réaliser cet exercice.

    J’identifie mes réussites

    • Au préalable, concentre-toi et repense au moment de ta vie où tu as pu éprouver de la fierté. Tu vas voir, plus tu vas écrire sur ta liste, plus tu t’entraineras à trouver ces motifs de fiertés dans les petits moments du quotidien…allez on va au moins jusqu’à 10 !
    • Maintenant, écrit ce qui t’a rendue fière dans ces moments. Décris-le et n’hésite pas à rentrer dans les détails. Le but est que pour chacune de tes réussites tu puisses écrire « je suis quelqu’un capable de… » (persévérer jusqu’à accomplir mes objectifs, faire preuve d’optimisme malgré des circonstances difficiles, qui sait résoudre les conflits, etc.)

    Ce que les autres disent de moi : mes talents

    Il va falloir faire appel à ses souvenirs, et même échanger avec ses proches pour cette partie de l’exercice. L’objectif est de te rendre compte de ce qui est évident pour toi, mais qui ne l’est pas.

    • Quelles étaient les qualités que tes proches te font ou ont pu te faire ?
    • Quels sont les sujets pour lesquels on te sollicite ?
    • Quelles sont les choses que vous faites très facilement d’après eux, où vous apprenez particulièrement vite ?

    Consigne soigneusement ces réponses.

    Je crée mon bocal

    • Prends un gros bocal, n’hésite pas à le décorer de dentelles par exemple.
    • Munis-toi de jolis papiers colorés (des post it feront très bien l’affaire). Note sur chacun tes réussites et tes talents.
    • Remplis le bocal de tes notes

    Plonge la main dans le bocal les moments de faiblesse/de grande décision pour te rappeler de quoi tu es capable et alléger tes doutes et tes peurs

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  • Pour la majorité des femmes, un échec est dû à un manque de talent

    L’échec des femmes serait dû à u manque de talent?

    Cette affirmation est issue d’une vaste étude publiée dans la revue Science Advances, qui a été réalisée dans 72 pays dans le cadre du dispositif international PISA[1], et qui porte sur 500 000 jeunes âgés d’au moins 15 ans.

    Il a été demandé aux étudiants de PISA 2018 d’indiquer dans quelle mesure ils étaient d’accord avec la déclaration suivante les concernant : « Quand j’échoue, j’ai peur de ne pas avoir assez de talent. » Pour les pays de l’OCDE, alors qu’un peu moins d’un garçon sur deux (47 %) est tout à fait d’accord ou d’accord pour dire que lorsqu’ils échouent, cela leur fait craindre de ne pas avoir assez de talents, 61 % des filles confirment cette affirmation.

    Expérience : La réussite est un motif de fierté et les échecs un motif de frustration

    Et elle me rappelle cette phrase de Maya[2] en séance : « je n’ai aucun talent ». Ces mots viennent confirmer le résultat de l’enquête. Ils m’ont étonnée sur le coup, car Maya, qui avait commencé sa vie professionnelle sans diplôme du supérieur avait fini sa carrière comme manageuse dans une prestigieuse entreprise nationale. Elle a quitté son emploi par manque d’opportunité de promotion. Aussi, elle disait ne pas se sentir fière de ce qu’elle avait accompli. Pour elle, « pour pouvoir être fière il faut accomplir les choses du premier coup ».

    Le problème est que les personnes décrites comme brillantes et vouées à réussir sont le plus souvent des modèles masculins

    La réalité c’est qu’aujourd’hui, les femmes sont plus nombreuses dans l’enseignement supérieur que les hommes. Le pourcentage des femmes sur le marché du travail dans les pays de l’OCDE est de 40% pourtant il subsiste un plafond de verre qui se traduit par des inégalités salariales. Par exemple :

    • Ce sont les hommes qui occupent les domaines de travail les plus rémunérateurs.
    • Seulement 5% des directeurs généraux sont des femmes

    Ce que nous montre cette étude est que le stéréotype de la personne « brillante » est masculin. Cela peut créer autocensure et une exclusion de certains profiles féminins pour des postes donnés. Pour faire claire, on imagine qu’une personne dotée du talent nécessaire pour un poste de direction donné est un homme. La conséquence est que l’on s’intéresse plus particulièrement aux candidatures des hommes.

    …Et l’éducation contribue aux stéréotypes de genres

    Le talent c’est une capacité particulière par laquelle on se démarque. C’est souvent les autres et nos proches qui nous la font remarquer. Or cette études démontre que les parents sont deux fois plus enclins à s’informer sur Google sur les talents de leurs fils que sur les talents de leur fille. Bref cela revient à attendre des garçons qu’ils soient talentueux et réussissent. Dès lors, les jeunes hommes attribuent leurs échecs, ou absences de réussites plus souvent à des causes extérieures. Par exemple la cause extérieure peut être la malchance.

    Selon l’étude, les normes de genres sont profondément enracinées

    L’étude établit qu’il est peu probable que le plafond de verre disparaisse à mesure que les pays se développent ou deviennent plus égalitaires entre les genres. « La catégorisation par sexe est trop profondément enracinée en tant que système de création de sens relationnel pour que les gens tolèrent une perturbation sérieuse, et le rapprochement des mondes des hommes et des femmes, l’affaiblissement des normes de genre traditionnelles et des rôles en matière d’éducation et de main-d’œuvre, ainsi que la participation politique (…) ». Pour résumer, les normes de genres ne sont pas près d’être abolies.

    Ce qu’indique donc ce rapport c’est que les notions de réussites ou d’échecs sont elles aussi genrées. En effet, comme vue dans cette étude, on n’intériorise pas de la même manière les effets d’un échec que l’on soit une femmes ou un homme. L’échec est beaucoup plus susceptible de nous affecter en tant que femme, il créé de la frustration.

    Le point positif c’est qu’il n’y a jamais d’échec lorsque l’on tente quelque chose. En effet tenter c’est avoir un objectif tout en sachant que l’issue est incertaine. C’est avoir réussi à lever nos blocages pour aller de l’avant. On en parlera plus en avant mais pour l’heure je te propose l’exercice du bocal de confiance.


    [1] Programme International pour le Suivi des Acquis des Élèves

    [2] Le prénom a été changé

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  • Vivre sa féminité quand on est atteinte d’un trouble bipolaire

    « Je suis une femme atteinte d’un trouble bipolaire et mon plus gros problème est de nourrir mon imaginaire relationnel »

    Charline est une amie, elle a 35 ans. Elle a choisi de témoigner de manière anonyme, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une grande force pour nous raconter ce que c’est que de vivre sa féminité quand on est atteinte d’un trouble bipolaire. Finalement, je crois qu’elle nous raconte les difficultés relationnelles lorsque l’on est une femme qui s’interroge beaucoup. Consciente de sa vision hétéronormée du désir, et des relations, je crois qu’elle cherche à briser ces chaînes. Si j’ai restructuré le texte pour une meilleure lecture, je lui ai laissé carte blanche pour écrire, voici son témoignage.

    Aujourd’hui je parle, car je veux libérer la parole. Mon témoignage est anonyme, car lorsque l’on souffre d’un trouble bipolaire on est encore vu.e avec curiosité, voire de la peur. Je me souviens d’une amie à qui j’avais avoué mon trouble, plus tard elle me dira s’être renseignée pour voir si mon état n’était pas dangereux pour les autres. Eh bien non, mon état est potentiellement dangereux pour moi, et moi seule. Les médecins disent que j’ai une bonne maîtrise de la maladie, car je sais dire quand ça va mal, je sais repérer quand je dois lever le pied. La bipolarité est classée parmi les dix maladies les plus invalidantes selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et c’est vrai, j’ai dû quitter mon boulot parce que je ne supportais plus l’agenda d’un emploi de cadre, et en termes de relations sociales il y a des fois où je ne sais pas y faire.

    Comment sait-on que l’on est bipolaire ?

    J’ai été diagnostiquée bipolaire à 26 ans après une phase maniaque. A ce moment, la réalité se transformait en rêveries ou en cauchemars. La période était accompagnée d’hallucinations auditives et visuelles, mais je ne le comprenais pas encore. La réalité et rêveries se confondaient et c’était la première fois que je le vivais. C’est dur à expliquer. Au début, j’ai tout de suite senti que mon hospitalisation avait été un mal nécessaire, mais le diagnostic n’a pas été un choc. En effet, c’est avec le temps que je me suis rendu compte à quel point la maladie était invalidante.

    Comment vie t-on son trouble bipolaire ?

    Mon état alterne entre phases de mélancolie et phases d’euphorie. Mon état est stabilisé grâce aux médicaments que je prends tous les jours, les régulateurs d’humeurs, mais ça n’empêche pas de sombrer. Je dirais que j’arrive à gérer les états de mélancolie, mais le plus dur est de gérer les phases d’euphorie. Dans ces moments, je me sens toute puissante : j’ai une assurance excessive en moi, comme en pleine possession de ma féminité. C’est étrange comment confiance et féminité se mélangent chez moi…mais tout ceci est un leurre. En effet, le problème est que durant ces phases je remarque que je confonds confiance en moi et relations à risques. Le médecin m’a dit « Vous vous mettez en danger ».

    Comment accepte t-on le fait d’être bipolaire?

    J’ai pu rester des mois, voire des années sans relations. Je me renfermais, car je me sentais nulle. Je pense que j’ai mis autant d’années à accepter le diagnostic, autant d’années à me demander « que peut-on me trouver à moi qui ai besoin d’une béquille chimique ». En fait, je me sentais amputée dans mon être. Avec le recul, je me dis que ce n’est pas rationnel. En effet, je pense ne pas être trop bête, ne pas être trop repoussante, et je pense que mon humour peut faire des ravages ! C’est assez étrange, mais tout a changé quand j’ai décidé de quitter Paris, et de retourner dans ma ville d’origine.

    L’acceptation de cette maladie psychique exclue-t-elle les excès ?

    Le travail d’acceptation de soi a été long. Quitter Paris et mes repères depuis plus de dix ans a été difficile. Cependant, je me suis dit « après tout ce que tu as vécu, la vie est courte, vas-y kiffe ». J’ai été dans le kiff à fond et cela s’est traduit par une consommation de relations excessive. Je buvais, et je ne me maîtrisais pas. Il fallait que je couche avec un homme, une voire plusieurs fois par semaine…avec des personnes différentes. Ce n’est pas tant le rapport sexuel qui m’apportait du plaisir, mais l’impression de toute-puissance : celui de choisir avec facilité de coucher ou non. Par chance, la plupart des relations se sont bien passées…mais elles me confortaient dans une relation passive.

    En fait les excès sont relationnels si je comprends bien ?

    En effet, ce dont je ne me rends pas compte dans ces moments-là, c’est qu’à la fois désirée, et honnie. Je suis comme à la disposition du fantasme d’un autre. Je me suis rendu compte que je ne vivais pas ma sexualité, jusqu’à rencontrer un partenaire un peu plus sérieux. Il m’a demandé « si tu n’es pas un peu plus active comment veux-tu connaitre ton plaisir ». Cette phrase m’a fait poser beaucoup de questions. Et je me dis que je ne suis pas la seule. Je crois que mon inconscient est imprégné par tout ce que l’on voit dans les médias, et par mon éducation aussi. Je me rappelle que petite j’étais turbulente on me rabâchait l’importance « de ne pas me faire remarquer ». Ca remonte à l’adolescence. Lorsque j’étais adolescente on m’a souvent dit à que j’étais belle, jamais à quel point ce que je pouvais dire ou faire était valable d’intérêt…ça marque.

    Des excès motivés par un imaginaire hétéronormé

    En fait, je crois que durant mes phases d’euphorie, la toute-puissance que je ressens, cette confiance en moi incontrôlable est nourrie par des imaginaires hétéronormés. Dans ces moments, mon inconscient me rappelle à quel point il est important dans cette société de se sentir belle et de pouvoir jouer avec le désir masculin. C’est un comportement de personne dominée en fait. La liberté et la confiance seraient de choisir en conscience une sexualité respectueuse de mon imaginaire…mais quel est-il au fait ? Je me sens perdue quand je me pose cette question.

    Je suis une femme atteinte d’un trouble bipolaire et mon plus gros problème est de nourrir mon imaginaire relationnel.

    Charline

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