CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

Comment la Fast fashion me fait perdre raison

Entre crédulité et discernement

Je vais être tout à fait honnête, j’ai du mal à tenir un budget. La faute à mon envie de paraitre. Revenue de Paris il y a peu, je vis dans une petite ville du littoral, et, ayant aujourd’hui une vie sociale plus restreinte, persiste une envie d’être « lookée » …Aux yeux de qui, je me le demande, mais à la vue de quoi je pense bien avoir la réponse. Aujourd’hui j’assouvie mes frénésies dépensières en ligne, hier c’était dans les centres commerciaux, et, je ne pense même plus à jadis, en centre-ville.

Mes états d’âme : entre crédulité et discernement

Non pas que les temps anciens m’inspirent un doux concerto de Vivaldi, mais tout de même, elles me manquent les saisons de mode, ce temps de la dépense réfléchie et éco-responsable (entendez-le comme vous le voulez). Aujourd’hui happés par les stratégies agressives des marques, dont même les plus convoitées se plient aux codes de la fast fashion, nous en perdons la raison. Ventes en ligne, lookbook, outlet, le style est à portée de clic…Des claques se perdent !

De l’inusitée démarque au -pas si confidentiel- outlet, venez découvrir l’histoire de ma perdition. Qui sait, est-ce aussi peut-être la vôtre ?

Jadis : Lorsque de la frustration naissait la satisfaction de l’acquisition

Adolescente, les achats se faisaient en centre-ville. Les conseillères de ventes de mes boutiques préférées connaissaient mon prénom, ma morphologie, et s’amusaient de la porosité de mon esprit à ce que l’on appelait alors « la mode ». Je me souviens de leur élégance, et de leur simple tee-shirt sous blaser qui donnait un véritable twist à leur tenue. Le plaisir se trouvait dans le cérémonial consistant à s’imprégner d’une collection, d’y repérer la pièce ayant attisé une envie particulière et l’approbation de la conseillère de vente. Si nécessaire j’épargnais plusieurs mois pour l’acquérir, et, si d’aventure un doute surgissait, ou une envie concurrente naissait, entre stratégie et gentillesse, la même conseillère mettait la pièce de côté une semaine, « pas plus », le temps de la réflexion. Je ne saurais vous dire, de la frustration ou de l’acquisition, quel instant était le plus jouissif.

Hier : Lorsque de l’esprit sécure naissait l’achat irréfléchi

Etudiante, reconnaissant l’amour en cet homme, francilien qui m’est aujourd’hui inconnu, je m’installe en banlieue parisienne. Les journées y sont plus denses, mon sentiment est celui de l’insécurité, voire de l’hostilité de cette région alors inconnue. Cependant, j’y découvre, les centres commerciaux en plein air, les centre commerciaux couverts, et, l’hyper centre de la Vallée Village. Je m’y sentais comme dans une bulle de bien-être achalandé, je me souviens ainsi des couleurs pastelles de certaines échoppent contrastant avec celles, plus peps des friandises vendues. Il y a avait ce que l’on appelait alors des démarques, six mois sur douze ; le vendeur avait cette fois une technique de vente plus agressive « c’est la dernière pièce ».  Il ne fallait donc pas passer à côté des occasions. Commence alors l’achat de pièces made in china auprès de chaînes se positionnant moyen de gamme. A force d’expériences, j’aurais pu prendre conscience de ma crédulité, pourtant, chaque début de saison, le même rituel d’achats non réfléchis se reproduisait. Le découvert bancaire commença à faire son apparition dans mon vocabulaire.

Aujourd’hui : Lorsque l’esprit se perd entre tendances et outlet

Que cela soit à Paris ou dans ma région d’origine, les grandes enseignes se partagent aujourd’hui les rues piétonnes, aux côtés de quelques marchands glaciers. Je n’imagine plus de véritables gérant(e)s-propriétaires choisissant avec soin et méticulosité leurs collections. Mon imaginaire n’est plus inspiré par les conseillères de vente, mais par les lookbook de grandes marques, jadis confidentielles, aujourd’hui générant l’envie à une échelle industrielle. Le moment des bonnes affaires surgit de nulle part, par mail reçu à 21h00, moment de grande faiblesse. Les anciennes collections, périmées du mois dernier sont à -50% voire -70%. Si la qualité n’est pas mal, elle n’est pas top, je crois que j’aurais tout de même tiré la tronche d’acheter l’article au prix initial, mais je le vois partout, il envahit mon mur Facebook, il est rentré dans mon imaginaire vestimentaire, je cède. Au moins, je pourrai me dire que j’ai fait une bonne affaire en le mixant avec mon skynny Zara, Mango, ce que l’on voudra, quelle importance ?

J’ouvre aujourd’hui ma penderie et retrouve des articles vieux d’une quinzaine d’années ayant résisté, quand mes fringues provenant de cette fast fashion se sont troués, usés ou mités…Aussi peut-être en prends-je moins soin. Lorsque la bonne affaire est quasi quotidienne, quel souvenir gardons-nous de cette transaction ? La mode traversait à l’époque ses quatre saisons comme aujourd’hui la tendance les quatre semaines du mois qui nous précède. Regrettant les temps anciens mais fustigeant ma/notre folie de consommation, je me sens comme un peu maboule…Je peux cependant me féliciter de mon -seul- acte citoyen dans l’affaire, qui est de soutenir cette déjà morne croissance ; et il y aurait encore là à débattre.

Bien à vous mes chers confrères.

Annabelle

6 réflexions sur « Comment la Fast fashion me fait perdre raison »

  1. La fast fashion, grand sujet qui d’ailleur était le miens pour ma soutenance de lycée, j’ai décidé depuis 6 mois de ne m’acheter que des sous-vêtements et de me coudre mon dressing et surtout j’ai fais un énorme tri dans ma penderie !!! Je crois que mon mec à plus de fringue que moi maintenant 😉

    1. Oui c’est une industrie pas très éco responsable. Entre empreinte carbone du jeans parcourant la planète, et tonnes de déchets collectés de ces vêtements usés très vites, cela génère un véritable problème écologique. Je pense qu’en planchant sur le sujet tu as dû avoir une grosse prise de conscience vue tes initiatives, chapeau…En plus tu as la classe de porter des fringues sur mesure !

  2. J’adore comment tu as rédigé cet article en mode récit de vie, juste pour évoquer les problèmes de la fast fashion. C’est un domaine qui m’intéresse peu mais j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ton article !

    On est souvent comme ça malheureusement. Moi j’ai essayé de me calmer, mais quand l’un des plus grands Primark de France te fait de l’oeil tous les matins sur le chemin du boulot, difficile de résister. J’essaie quand même de me contenir et d’acheter utile, mais c’est parfois difficile de résister à son envie de consommation en masse.
    Je dois d’ailleurs trier mes armoires …. Et ne garder que les vêtements en bon état et sentimentaux.

    1. Merci beaucoup, je suis heureuse que le post t’aie plu ! Oui c’est difficile de ne pas succomber aux appels de ces grandes marques qui nous font de l’oeil…mais je me dis que tout commence par une prise de conscience, allez, on est fortes!
      Belle journée

  3. La lecture de cet article est juste superbe, tu l’as vraiment bien écris. J’essaye d’éviter la fast fashion à tout prix et me acheter des pièces que je pourrai garder. Mais difficile de pas craquer quand les promotions fusent ou que partout sur instagram tout le monde achète ce fameux sac à dos rectangle….merci pour ce texte, ca me fait de nouveau réfléchir, ça remet en place les idées 🙂

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