CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

Comment l’entre-soi tue ma vie sociale à petit feu

Dimanche matin, entre le chocolat-croissant, et le coup de fil à un ami parisien. Le fond sonore, un leg de mon grand-père, traduit ma nostalgie, Brassens et « Les copains d’abord ».  Je repense alors au « bon vieux temps », de mes premières réunions initiatiques enflamant mon globe oculaire d’émotions, à mes bons « restaus » en bande rangée. Et toi tu t’en souviens du bon vieux temps ? Alors quand je me demande pourquoi aujourd’hui ma vie sociale est faite de soirées erratiques en duo, je me refais le film de ma socialisation. Si toi aussi les soirées galères pizza-YouTube commencent à se faire trop nombreuses, voyons pourquoi.

Les grands moments de socialisation sont l’école et/ou la fac, ainsi que le sport, etc. Aussi, partant du postulat que celle-ci renvoie au groupe, et, bien souvent à l’entre soi, ne nous est-il pas difficile de nous ouvrir à l’autre l’âge avançant ? Oui, l’autre ce type ou cette nana un peu décalé(e), enfin, pas comme moi quoi !

L’apprentissage de la socialisation 

Je crois qu’à quelques éléments près, tu peux te remémorer ton adolescence à travers ces lignes.

Adolescente, comme toi je suppose, que je sortais toujours en duo voire en trio, j’avais besoin de me sentir à l’aise, entre ami(e)s qui partageaient les mêmes centres d’intérêts. Ceci n’empêchait pas que des connaissances satellites se joignent à notre noyau. A cet âge-là, face à la peur du rejet, nous nous présentons en groupe, celui-là même qui doit paraitre « cool » et enviable aux yeux des autres. Nous assumons collectivement notre singularité conformée. Nous apprenons finalement, à l’échelle locale, à tisser un réseau, à nous faire accepter, voire demander, entre conformisme et singularité.

De notre capacité de socialisation, à notre impression d’influence sociale 

Rappelle-toi comment tu te faisais accepter dans le groupe, quelle était ta place.

Si aujourd’hui j’ai perdu mes connaissances d’alors, c’est la fac qui a joué un rôle crucial dans la construction de ma personne sociale. Mon impression était celui d’un essaimage convenu de jeunes gens en fonction de leur milieu social d’origine.  J’avais pour moi la carte d’un exotisme attractif émanant d’une singularité surjouée. Si chacun se faisais son opinion, fofolle, ou étrange, je ne laissais pas indifférent et me faufilais entre divers groupes. Si c’était mon moyen pour me faire accepter, les divergences et distinctifs sociaux étaient si marqués en fac de droit que je m’ennuyais littéralement : les moins aisés socialement restant entre eux, et les enfants de la classe moyenne cherchant à ressembler aux plus aisés. J’avais l’impression que la force du réseau, donc la multitude de connaissances, permettait d’assoir une certaine influence, voir une autorité sociale.

De la subreptice création d’un entre-soi…

Remémore-toi ton groupe de potes du foot, de la musique ou que sais-je.  Souviens-toi du moment où tout t’a paru simple avec autrui, celui ou ceux qui intégreront ta bande. Pour ma part, c’est au moment ci-après énoncé que j’ai ressenti un feeling amical avec ce que je nommerai plus tard potes ou amis.

Bref, c’est paradoxalement lorsque j’ai intégré un grand établissement, que je me suis sentie plus à l’aise. J’étais face à la bourgeoisie assumée et sans maniérisme. Ma classe était composées de jeunes gens de divers pays, habitués à voyager et aux mondanités, mais étrangement, tout me paraissait moins convenu. Il n’y avait pas de masque à adopter en l’absence de dissonances sociales, disons que c’était une sélection méritocratique harmonieuse… Fille de prof, je venais je crois, de l’une des familles les plus modestes, mais je me sentais acceptée, ou tolérée telle que j’étais. Bien que me démarquant toujours par une originalité en décalage, je me rends compte aujourd’hui que j’ai relâché la pression à ce moment-là. C’est aussi à ce moment-là que mon petit noyaux de potes aujourd’hui vieux d’une dizaine d’années s’est formé. Nous sommes aujourd’hui loin les uns des autres mais nous avons gardé contact.

…A mes funs soirées pizza-YouTube – Nos folles soirée « Chill »

Et si tu étais le type ou la nana un peu bizarre des autres, tu sais cette bande de potes enfermée dans son entre soi ?

Incapable d’entretenir des dizaines de relations en même temps, ou de laisser un souvenir impérissable en une soirée, mon réseau amical est un microcosme. Ce sentiment de solitude amicale n’est que le résultat de ce manque d’effort revenue dans ma région d’origine. Aussi a-t-on pu poliment me qualifier de mystérieuse, et si les mystères attirent ils ne retiennent pas. Quand bien même le courant passe, je me sens comme effrayée par ce que je ne connais pas, ou plus…que dire de cet homme m’invitant dans son intimité et dont à pas de souris, j’ai fui la réalité sociale avec autant de violence que mes appréhension étaient anesthésiées la veille. Que dire de la brutalité de cette réaction ? Je me suis retrouvée face à mes antagonismes. Aussi bien que je le fustige, le sentiment d’incompréhension ne vient-il pas de ma difficulté, bien que peu consciente, à accepter l’autre dans sa différence ? Y suis-je encore habituée ? Ce qui est devenu mon entre-soi, mon -feu- petit confort social a analgésié ma capacité d’altérité, ce que je reprochais tant à certains à une époque.

Nous avons tous nos histoires, mais je constate que les personnes de mon entourage ayant une vie sociale et amicale riche, sont capables de s’introduire partout par leurs connaissances hétéroclites, d’assumer entièrement leur parcours, et de faire réellement connaissance avec des personnes d’origines diverses. Alors oui, peut-être que la solitude est due à une faible capacité d’altérité, mais de la part de qui ?

Toi aussi tu as un pote au bagou infernal ? Tu l’envies, et bien je te comprends !

Annabelle

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