CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

Drôles représentations des familles mixtes

Si on constate un repli identitaire, paradoxalement, je pense que comme moi tu as pu constater, que la mixité se normalise. Aussi si la société s’ouvre à la notion d’altérité, se pose toujours la question des préjugés – presque innocents. Les familles mixtes et recomposées offrent un bel exemple d’une représentation faible et souvent biaisée.  En vous présentant quelques morceaux choisis, je m’attache à répondre aux préjugés !

Représentation des préjugés sur les familles mixtes

Nous étions de soirée avec ma sœur, quand nous nous sommes retrouvées confrontées cette étrange question : « non mais vous êtes sœurs-sœurs ? ». Celle-ci pouvant relever d’un sketch de Muriel Robin nous a laissées estomaquées ! Comment cette personne pouvez-t-elle oser remettre en cause l’évidence de notre fratrie ? Si elle manquait pour le moins de délicatesse, était pour la première fois formulée la surprise et l’interrogation des personnes passagères dans notre vie. Comment deux jeunes femmes, l’une métisse et l’autre diaphane pouvaient-elles être sœurs ?

Non, le métissage n’empêche pas une enfance ordinaire

J’ai ainsi grandi dans les années 1990 dans une petite ville de la côte basque. Plus précisément, les histoires et récits familiaux s’ancrent autours d’un ancien petit village de pêcheurs offrant aujourd’hui l’harmonie paisible d’un havre de gentrification. Aussi, mes terrains de distractions s’étendaient de la boutique familiale au jardin de mes grands-parents. Si pour chacun les histoires divergent, mon appartenance à cette « communauté locale » n’a jamais été -ouvertement- remise en question, j’étais là, parmi les autres enfants et adolescents. A mes yeux, j’étais un élément parmi tant d’autres du cadre social. Je me remémore la multitude de rencontres et, jamais une fois l’on ne m’a demandé d’où je venais. Si un ami m’avoua plus tard que tout le monde se posait la question, celle-ci n’a jamais été formulée. Monsieur Tout le Monde a donc su rester délicat.

Non, la mixité ne correspond pas aux stéréotypes médiatiques

Ma sœur pourrait aussi te décrire et te raconter, avec ses propres mots le même cadre d’enfance et les mêmes récits familiaux. Aussi, comme dans chaque famille, chacun son rôle. Me concernant, l’empreinte éducationnelle de mes grand parents ne doit pas être sans incidences sur l’image de célibataire vieille France que je me suis construite. Ma sœur pour sa part, la petite dernière, est la jeune femme progressiste, optimiste et ouverte au monde. Nous nous retrouvons ainsi loin des stéréotypes sociétaux et télévisuels dans lesquels la jeune métisse incarne la fraicheur et la « coolitude ». Cependant, nous nous retrouvons chacune dans les valeurs que sont la tolérance et le respect mais aussi l’ouverture.

Non, l’ouverture familiale à la mixité n’est souvent pas exempte de conflits

Tolérance et respect ont été érigés en dogmes familiaux. Ainsi, nous étions début des années 1980 lorsque la famille s’est ouverte à l’interculturalité. L’opposition entre les tenants de « touche pas à mon pote/touche pas à mon peuple » des années 1985, qui pouvait aussi s’incarner dans le conflit touchant la famille est devenu vide de sens avec la naissance de notre frère aîné. Bien que non sans heurts, la notion de couleur a vite été oubliée, nos grands-parents restant dès lors sourds au commérages. Ne s’agissait-il pas de leur petit fils ? A n’en pas douter, il avait hérité de certains traits de la famille ! Bien que mes grands-parents aient gardé une vision assez conservatrice, ils y avaient intégré la notion d’acceptation de l’Autre et de l’altérité. 

Oui, une fratrie mixte est une fratrie ordinaire

Je ne sais pas à l’époque, mais, comme dans toute famille contemporaine, celle-ci a muté et s’est agrandie. Frères, sœurs, cousins, cousines, nous avons ainsi tous grandi ensembles, dans ce qui nous semblait ordinaire, le métissage. D’ailleurs de la transformation du noyau parental est née notre petite sœur. Elle avait des yeux verts magnifiques ! Cependant, j’ai eu du mal à céder ma place de petite dernière, car il est vrai qu’elle prenait trop d’attention… Mais j’ai appris à l’aimer.

Nous nous sommes chamaillées, nous avons partagé les mêmes bras réconfortants, les mêmes sermons volontaristes, les mêmes punitions, bref, la même éducation. Les habitus sont communs, les bijoux et les fringues portés parfois aussi. Si je ne supporte toujours pas qu’elle emprunte mes effets sans m’avertir… Le côté contrastant du port de ces vêtements m’amuse. Répondant aux drôles de questions, de toute évidence nous sommes sœurs.

Evidemment, les familles mixtes sont plus ouvertes à l’altérité

Ma sœur connaissait aussi les difficultés auxquelles nous risquions, mon frère et moi, d’être confrontés. Elle a très tôt été sensibilisée à la problématique de l’exclusion raciale. Je me souviens que le livre « Black Boy » de Richard Wright, relatif à la ségrégation aux Etats-Unis, notamment, l’avais beaucoup touchée. Ma mère a eu, par la suggestion de ces lectures, je crois à cœur d’en faire une personne concernée. Aussi étaitindirectement touchée par les préjugés quotidiens. Si jamais personne ne m’a demandé d’où je venais, les personnes ayant eu affaire à elle, à l’école, se sont montrées beaucoup plus curieuses, l’interrogeant une fois sur le point de savoir si son frère et sa sœur avaient été adoptés. A cette curiosité mal placée, c’est avec beaucoup de malice qu’elle avait répondu que non, c’était elle qui avait été accueillie. Je n’ose imaginer la tête de ses interlocuteurs !

Oui, il y a certains préjugés que ne connaitra pas ma sœur

Il demeure une différence avec ma sœur. Si elle a surement dû avoir à faire aux préjugés inhérents à sa blondeur, donc à sa candeur, elle, n’a jamais eu à faire face préjugés raciaux. Etrangement, c’est arrivée à Paris que j’ai pris conscience de ma couleur. Non pas que des remarques désobligeantes m’aient été faites souvent, mais les quelques fois m’ont marquée. Ainsi, venais-je d’arriver à Paris lorsque l’on me fit remarquer que j’étais « bien intégrée ». Stupéfaction et incompréhension ! Un non-sens. Ainsi, comment pouvez-t-on me parler d’intégration moi qui étais née en France, y avais toujours vécu, y avais fait ma scolarité, etc.

Se fier à la couleur, pour préjuger de mon intégration ou non, relevait d’un manquement même aux valeurs républicaines que sont « le refus de toutes les discriminations ». Aussi, que dois-je dire de ce rire d’un commerçant avec lequel je parlais quand je lui expliqua que l’un de mes parents vendait du linge basque ? Que révélait-il ? Ainsi, si l’intégration relève de l’assimilation de ces concepts, je pense qu’il ne s’agit dès lors pas d’une question de couleur.

Oui, ma sœur peut ne pas se reconnaitre dans certaines représentation sociales

Ma sœur doit certainement, elle aussi, se demander pourquoi sa famille n’est pas représentée dans les médias. Si nous sommes susceptibles de nous reconnaitre dans le slogan publicitaire de Benetton, je crois cependant que les modèles de représentation s’arrêtent là. Aussi, née dans les années 1980, je suis consciente d’être une « exception statistique ». Mais, dans ma ville d’origine, je vois de plus en plus d’enfants, issus de familles mixtes, et qui comme moi, vivent cette enfance ordinaire, comme dans un petit cocon préservé, et qui se rendront compte un jour des préjugés éventuels qui peuvent subsister. Ainsi, nous sommes de plus en plus nombreux.

Les familles mixtes et la population de couleur sont cependant toujours, dans les films représentée par des jeunes issus de milieux défavorisés. Aussi, je suppose que la mixité et la couleur y est le marqueur d’un nouveau conflit de classe. On ne peut certainement pas occulter ces vérités. Or je ne sais pas quelle proportion de la population nous représentons, mais pour beaucoup, nous avons fait des études, et pour beaucoup nous avons grandi hors de l’île de France. La mixité se normalise ainsi dans beaucoup de strates sociales, sans que nous puissions nous identifier aux personnages de télévision ou publicitaires.

Je me pose alors la question de savoir, et toi, qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Annabelle

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page