CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

La nouvelle aire marchande de l’authenticité

Quel sens donner à l’authenticité? Toi aussi tu fuis ce qui te parait relever de la consommation de masse ? Ainsi, tu choisis tes groupes ou l’attribution de tes likes sur les réseaux sociaux en fonction de ce qui te parait singulier, en accord avec tes désirs et tes valeurs ? Mais tu les as likées avant de les honnir ces photos « buddha bowl » n’est-ce pas ? Aussi ton émerveillement devant la nature aboutit encore à un « #sunset # beach # wild # amazing (!) ».

Avons-nous définitivement tourné le dos à la consommation de masse ou nous fait-elle un pied de nez digital, devenue plus subtile, flattant notre égo et notre sentiment de singularité par l’offre d’expériences authentiques ?

A la recherche d’expériences authentiques et fortes en émotions

Je ne sais pas…Lorsque je vais au restaurant par exemple, je m’attends à ce qu’il ait une forte empreinte locale ou à une authentique expérience gustative. Par exemple, à Paris, en mal d’authenticité, je m’amusais quelques fois à me rendre dans un restaurant promettant l’authentique coquillettes-jambon au prix du billet du retour vers le passé. Qu’avait ce restaurant? Une singularité toute particulière signée par un décor, empreint d’objets de mon enfance, tel un jeu d’arcade, et, les très kitchs nappes à carreaux. En fait, je recherchais l’expérience vers un passé trépassé. Je recherchais ainsi avec amusement une expérience me faisant penser aux plats de mon enfance. Aussi peut être que je recherchais un petit cocon de régression, mais passons.

Globalisation et segmentation digitale de nos centres d’intérêts

Aussi je ne suis pas une grande voyageuse, mais lorsque j’entends mes amis ou mon entourage envisager une destination de voyage, ils cherchent le spot unique, celui peu connu, là où le tourisme n’a pas encore -trop- fait ingérence. Le point commun ? La recherche d’authenticité, car nous sommes en recherche de singularité, que cela soit de l’expérience, comme de notre être social. Le paradoxe dans ce raisonnement : Nous faisons les recherches sur les réseaux sociaux, que le post ait un fort impact local, national ou global. Ces posts, nouveaux canaux d’inspiration, reçus en fonction de nos centres d’intérêts tous particuliers, de nos affinités intellectuelles, sont pourtant le reflet d’une globalisation. S’ils nous donnent l’impression de nous sentir uniques, de par ces canaux digitaux, la globalisation s’insinue cependant subrepticement dans nos imaginaires, globalisant plus que les mode de vie, nos envies, et, par la même nos marques de singularité.

Enfants de la globalisation : La singularité recherchée, fruit d’un nouvel imaginaire commun

Nous affirmons notre singularité à travers nos lectures, la musique, etc. mais pas que. Nous allons au Starbucks parce que c’est « Ethik », nous réservons sur AIRBNB pour être au plus proche de l’habitant, etc. Globalization native, nous mêlons pêle-mêle nos imaginaires internationaux avec l’expérience locale. Ainsi, finie la télé, grossière « mangeuse de temps de cerveau humain disponible » ! Houra la sélection à la carte ! Netflix, YouTube, nouveaux canaux de masse tout en étant des canaux de distribution de contenu personnalisé, on se cultive ou on se divertie intelligemment, en fonction de nos centres d’intérêts. Pour résumer, quel que soit le format, nous somme des aventuriers humanistes des temps modernes.

Les canaux digitaux modèlent aussi nos espaces de vie

Dans la vie réelle, comment s’insuffle cette nouvelle aire ? Je prends l’exemple de ma ville d’origine, hub touristique de la classe moyenne et très aisée. Par exemple, toutes les vitrines se ressemblent. Lorsqu’il ne s’agit pas d’une chaine, il s’agit d’une pâle copie de boutiques tendances du marais parisien : même inspirations tendances, même utilisation de l’espace de façon à ce que des photos puissent être prises. Dans le centre-ville réhabilité, avec sa place du marché, les boutiques, proprement alignées, se font aujourd’hui plus que proprettes, soignées. Chacune sa singularité mais chacune son canal d’inspiration…cela en devient presque grotesque.

Je ne remets cependant absolument pas en cause le commerçant, véritablement impliqué, je me demande juste dans quelle mesure les réseaux sociaux ont-ils eu une influence sur le visual marchandising des boutiques et sur l’urbanisme récent et propret de la ville. D’ailleurs, ne sont-ils pas aujourd‘hui véritablement contraints de faire appel à des visual marchandiser ? Qui sait !

Une aire marchande où il y a trouble frontière entre influenceurs et influencés

Ces doutes ont été confortés avec une discussion avec une commerçante. Cette dernière, propriétaire d’une boutique postée sur un fond de carte postale, me disait que les réseaux sociaux étaient indispensables pour imprimer sa pâte et faire connaitre sa boutique aux clients. Je crois que cette dernière se démarquait car ça boutique ne ressemblait pas aux flots d’images de décos que l’on voit sur le net, aussi l’emplacement suffisait-il peut-être pour le chaland. Cette dernière avait su capter la tendance digitale, et la détourner, je crois bien aussi sans se rendre compte. Les gens recherchaient l’unique, le magasin restait authentique car tenu par sa gérante et proposant des pièces uniques. Vus ces comptes sur les réseaux sociaux et ses followers, c’était une influenceuse, cependant, par quoi et d’où était imprégné son imaginaire ?

Nouvelle aire marchande : entre singularité et authenticité on s’y perd un peu

Combien ont ce talent d’influence, combien, trop inspirés, finissent par nous proposer une expérience authentoc ou visuellement « déjà vu » ? Oui, j’ai fait un raccourci entre digitalisation, segmentation de la consommation de masse, avec manque de singularité ou de d’authenticité. Le rapport avec le commercant est authentique bien que sa vitrine ne soit pas singulière. Mon restaurant à coquillettes du début est singulier mais pas véritablement authentique, son âme est vide, il est un concept froid aux allures de cocon pour adulescents. Bref, nos modes de vie et nos aires de vie s’uniformisent, tel est mon avis…Profitez bien de vos échappées « découverte » tant qu’il en est encore temps !

Quelques tips pour vos prochains posts si ce n’est déjà fait :

  • The hotel is lovely.
  • The campsite hasn’t got a lot of facilities but the view on the mountains is fantastic.
  • The food is a bit spicy, but delicious and really unusual
  • The people round here are really kind ans helpful

Merci pour ces belles photos, et toi, ça ne te dirait pas un petit barbecue entre mer et montagne, un soir de pleine lune ? …Vois comme le ciel est si beau.

Réflexion librement inspirée par l’excellent livre de Jean-Laurent Cassely, « No fake, contre histoire de notre quête d’authenticité ». Il en a notamment fait une interview pour le magazine Usbek & Rica.

Annabelle

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