CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

L’antichambre du burn out

A mon ami Khalil, qui, j’espère aura lu cet article avant vendredi soir, souviens toi.

En revenant d’un arrêt, un ami de fac, consultant dans un “big four” (boite de conseil) s’est fait charrier par des collègues « bienvenu au club du burn out ». S’il s’agit de cynisme sur sa situation personnelle, je me demande si pour certains, il ne s’agit pas d’une recherche d’adrénaline. En effet, je ne vois que cela pour justifier de ne pas lever le pied malgré un salaire confortable. En effet, lorsque l’on travaille comme un dératé on n’a pas vraiment l’occasion de profiter de la vie et de son fric. Bref, je pense que l’expérience de chacun face au burn out est différente. Cependant, peut-être retrouveras tu des éléments de ta situation si tu l’as connu.

Aussi, je mets en partie le burn out sur le compte du système éducatif, par la normalisation d’un environnement compétitif. Par exemple, le formatage intellectuel des futurs salariés pousse à croire qu’il faut prouver ses compétences, mériter son poste ou l’opportunité professionnelle donnée, comme un bon élève (que l’on a été ou pas)…En effet, en attente de reconnaissance, ou esprit revanchard, tout repose sur la confiance, n’est-ce pas ? Difficile d’oser ou de conceptualiser l’affirmation de soi dans un tel système ou environnement professionnel.

En bref, le burn out c’est quoi ?

Après avoir connu deux burn out, j’avais décidé de lever le pied au boulot. Je ne pourrais décrire cette sensation de fatigue mentale, nous faisant rentrer dans une morne routine entre boulot et terrement dans le lit les jours de repos. Si ce ne sont que les signes apparents, de notre esprit, on se sent littéralement devenir en détresse, frôlant presque l’égarement. Cependant, on se dit que ce n’est que passager, qu’il faut s’accrocher, là est le mal. Si dans ce billet je n’explorerais pas les tréfonds de mon état de détresse car trop intime, je voulais analyser le processus menant à celui-ci. En effet, comment en arrive-t-on au burn out ? 

Un système éducatif normalisant la détresse psychique

Mon premier burn out, je l’ai connu à la fac, ou plutôt dans un centre d’élevage de cadres aux dents longues pompeusement appelé « grand établissement ». Durant mes années de fac de droit, je préparais deux diplômes en parallèle je savais ce qu’était travailler avec obstination. Cependant, lorsque j’ai décidé de faire un diplôme en finance, parce que c’était canon sur le CV d’un juriste, naïvement je ne m’imaginais pas ce qui m’attendais. Je me sentais privilégiée d’intégrer un grand établissement, promesse d’un futur professionnel sans encombre. Cependant, moins de trois mois après mon entrée dans cet établissement, un camarade de classe plaisanta avec cynisme sur le suicide dans l’enceinte de l’établissement d’un étudiant en première année car « il n’avait pas résisté à la pression ». Ça met tout de suite dans l’ambiance.

Un système élitiste favorisant le burn out

 A ma remise à niveau en statistiques, en gestion, en actuariat et j’en passe, s’ajoutaient des heures extensives de cours, et les mémoires à rendre s’accumulaient. Bref, il n’était pas rare de faire des nuits blanches à bosser, et de repartir le matin en cours. Manque de sommeil, peur de l’échec, comparaison de nos notes entre élèves, il fallait rester forte, j’étais capable de réussir dans cet antre de l’excellence. A partir du mois d’avril, tout a commencé à déconner dans ma tête, je pleurais tout les temps, toute seule, il ne fallait pas décevoir ma famille, si fière. Les sorties étudiantes ne me disaient rien, je préférais rester dans mon lit à déprimer ou partager mes impressions avec un ami, lui au bord du burn out. Bref rien de très sain. A la fin de l’année si j’ai reçu des offres d’emplois en or, je les ai refusées, j’étais hagard, sur les genoux, il m’a fallut six mois pour me remettre et accepter un emploi.

Aussi, mal entamée, je n’ai jamais eu la carrière fulgurante de mes potes ou camarades de classe. Ainsi, le premier pas vers le burn out est de se dire que l’on peut réussir le boulot à fournir, envers et contre tout, alors même que le corps et l’esprit lâchent. Je ne regrette rien mais je ne suis pas sûre aujourd’hui du retour sur investissement professionnel.

L’impression de devoir faire ses preuves, l’antichambre du burn out

Si mon premier boulot était une planque pépère, j’ai vite intégré un domaine prestigieux lorsque l’on travaille dans l’assurance. Le boulot demandait de s’y connaitre en actuariat, en droit, et de parler espagnol (ouais encore un diplôme), j’étais ce mouton à cinq pattes et j’aurais dû m’en rendre compte. Cependant, tout démarra quand j’ai commencé à penser qu’il fallait faire ses preuves, que je valais cet emploi. Je me rends compte avec le recul que cette fois-là, je me suis mis la pression toute seule.

Si au bureau, je ne terminais qu’à 18h00, je ramenais régulièrement l’ordinateur professionnel à la maison pour peaufiner mes macro Excel, et mes statistiques. Et oui vous comprenez, c’était des contrats à des millions voir des dizaines de millions d’euros, sacrée responsabilité. Bref, j’étais tout le temps en stress car la moindre erreur de calcul pouvait valoir le million à la boite. Cependant mes responsables étaient cool, succursale d’une boite espagnol, disons que l’ambiance était latine. Bref je me stressais car j’avais l’impression de devoir faire mes preuves en actuariat (statistiques), moi qui avais commencé par une fac de droit. Bref, mal dans mes baskets, peut-être dans un esprit de compétition, je n’ai pas trouvé ma place dans la boite. Fatigue physique et mentale, pleurs dans les toilettes du bureau et pour finir rupture conventionnelle.

Et si s’affirmer était le remède au burn out ?

Suite à cette rupture conventionnelle et ce burn out, je suis partie à Londres « pour réfléchir ». Si je croyais me “régénérer”, notamment dans les parcs, disons que je n’ai pas fait ce qui était le mieux pour ma fatigue de la vie. Ce n’est qu’en revenant dans ma région d’origine, en me reposant et reprenant un mode de vie sain que j’ai pu reprendre du poil de la bête. Le remède n’est pas la déconnade. Si je suis repartie travailler sur Paris, de grandes décisions ont été prises, celles de ne pas se prendre la tête au boulot. Après ma période d’essai, je partais à 18h00, et à ceux qui me rétorquaient que je devais justifier mon salaire, je répondais que le boulot était fait. Je me suis en effet rendu compte, que lorsqu’on pose ses limites les collègues ou le staff commercial, qui pourrait nous presser comme des citrons s’il le pouvait, s’adaptent très bien.

 Aussi je me suis rendu compte que le relationnel joue pour 60% du travail dans la reconnaissance de son environnement professionnel. Pourquoi s’embêter ? Je t’assure, je n’y croyais pas mais je le certifie maintenant. Bref, si mon boulot devenait alimentaire et non plus la preuve de je ne sais quoi, j’avais à peu près la paix de l’esprit une fois rentrée à la maison. Ma vie personnelle passait en premier. Aujourd’hui que j’ai tout envoyé valdinguer ma vie personnelle se porte encore mieux, après un grand saut et du recul, je trouve très libérateur de ne pas courir après un accomplissement supposé, sonnant le glas d’une tranche d’âge.

Ce que je pense aujourd’hui du burn out est qu’il résulte d’une peur infondée de dire non, voire d’une peur de perdre un certain statut social, une estime de soi et de ses collègues. On tient à montrer que l’on est capable, digne de valeur car on est un travailleur, un bosseur…N’est-on pas reconnu pour ça ? Le fait de rentrer dans cet engrenage, j’en suis persuadée laisse des séquelles indélébiles, sur sa carrière, mais aussi sur son psychisme. Par exemple, ce qui m’horrifie est de devoir redevenir salariée au jour, flemme de m’affirmer, de faire ce que je considère comme un bullshit job, n’apportant aucun accomplissement personnel. Qu’est-ce que c’est que de devenir manager ? Rien sauf d’être encore plus stressé et de répéter des éléments de langage issus du département de communication. Bref, rien de bien palpitant, mais tout de stressant, tu vois maintenant de quoi je parle.

Annabelle

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