CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

L’orientation et les enjeux de sa démocratisation

Parlons orientation! Si la reconversion est souvent le fruit d’une mauvaise orientation, nous ne sommes pas tous égaux face à l’accès à l'(in) formation qu’elle suppose. 52% de la population active souhaite se réorienter, seulement 41% des actifs se réorienteront. Ainsi 21% de la population active se réorientera. Aussi, ma vision étriquée du phénomène me laissait penser qu’il s’agissait le plus souvent de cadres en recherche de sens dans leur job. Grand mal m’en prenne ! La problématique ne s’empare pas seulement des reconversions pour aisance personnelle mais est un véritable sujet de société.

La problématique de l’orientation a été prise en compte par les pouvoirs publics dès les années 2000 avec l’émergence de la notion « d’orientation tout au long de la vie ». L’orientation sujet sensible embrasse la problématique de l’insertion sociale dans un marché du travail de plus en plus incertain. En filigrane de ces interrogations, n’émerge-t-il pas un questionnement quant à la remise en cause d’un système de formation actuel, élitiste, préparant les seuls « mieux diplômés » à la flexibilité du marché du travail ?

L’enjeu de l’orientation et changements structurels du marché du travail

En effet, face à l’avancée technologique rendant de plus en plus d’emplois obsolètes, et au risque de stagnation, voire même d’accroissement du chômage structurel, il est donc important d’accompagner les actifs, comme les jeunes générations à être plus flexibles face à la mouvance du marché du travail. Aussi, ceci passe par une professionnalisation de la formation initiale, notamment par l’instauration de blocs de compétences identifiés. Ces derniers, modulables, et mobilisés en fonction d’un diplôme donneront lieu à une certification.

L’enjeu est bien plus vaste que celui d’éviter des sorties de parcours scolaires non identifiables par les employeurs car permettra un accès facilité à la formation pour les salariés souhaitant se réorienter ou étoffer leurs compétences. Ainsi, à l’avenir, il est projeté qu’une plus grande partie de la population devra se réorienter du fait des avancées technologiques. Aussi, les moyens de cette flexibilité professionnelle doivent être mis en œuvre.

Un rapport remettant en cause mon élitisme – avocat du diable-

Comme pour beaucoup, mon idéal -extravagant- d’un accès à un socle de culture commune, par les études, me pousse vers un élitisme involontaire et de gauche caviar[1]. Ainsi, avant de m’alarmer, je me demande cependant si ces aspirations ne doivent pas céder devant l’impératif premier de la formation, l’accès à l’emploi. En effet, je me suis en outre instruite du rapport « s’orienter aujourd’hui »[2], conduit par le groupe d’intérim ADECCO (LabHo), avec le soutien de plusieurs instituts et organismes ainsi que la région Ile-de-France.

Je comprends de mes lectures, et adhère ainsi peut-être au fait qu’une professionnalisation de la formation permettrait de prendre en compte les capacités de chacun. Ainsi, la formation ne se baserait plus seulement sur l’acquisition d’un savoir théorique fondé sur la culture -dite- dominante. La démocratisation de la formation permettrait de la sorte de contenir les sorties de routes scolaires et de mobiliser un savoir-être face au marché du travail afin de permettre l’adaptabilité professionnelle du futur salarié.

L’enjeu d’une démocratisation de la formation

J’ai le souvenir atroce d’un de mes boss théorisant sur l’obsolescence programmée de mon poste, du fait des avancées technologiques et du big data. Ainsi, en tant que cadre je n’étais pas épargnée par les questions de réorientation et de flexibilité face à l’emploi. En effet il était inconcevable, dans cet environnement professionnel si mouvant de garder un poste quarante ans.

Cependant, si beaucoup de métiers sont concernés par une vulnérabilité des emplois, on constate que certaines populations, sont moins équipées en termes de formation. Tout l’enjeu est donc de démocratiser l’accès à la formation et à la certification professionnelle, encore top élitistes. Il est en effet nécessaire que chaque grade de diplôme atteste de compétences pouvant être revendues sur le marché du travail. L’enjeu est ainsi d’éviter les trop nombreux parcours caractérisés par l’instabilité et la difficile insertion professionnelle.

Cette prise en compte, qu’elle soit individuelle ou collective n’est pourtant que très récente.

L’utilité sociale de l’orientation tout au long de la vie

Le concept d’origine législative, « d’orientation tout au long de la vie » a été établi par une loi de 2009, période d’accroissement du chômage, suite à la crise -dite- des subprimes des années 2007-2008. A été mis en exergue le fait qu’outre les aspirations personnelles, la problématique de l’orientation devait permettre la flexibilité du salarié face à un marché du travail errant.

Une orientation professionnelle devant trouver une utilité sociale

L’orientation professionnelle regroupe l’ensemble des pratiques destinées à s’orienter et à élucider le questionnement professionnel. C’est ainsi un travail préventif ayant pour but de fournir les éléments nécessaires afin de faire le meilleur choix d’insertion professionnelle. Si en théorie, interviennent les aspirations personnelles et la question de l’épanouissement professionnel, se pose la problématique de l’utilité sociale de son activité.

L’orientation professionnelle fait ainsi intervenir aussi bien l’exploration personnelle que l’analyse de la réalité professionnelle par le biais de l’information sur les formations proposées ou mises à disposition, et, les particularités du marché du travail.

L’orientation tout au long du parcours de vie

Si en général, les destinataires de l’orientation professionnelle sont les étudiants du secondaire, elle s’avère également utile aux étudiants universitaires, ainsi qu’aux adultes insérés dans la vie active, qui évaluent l’opportunité d’une réorientation professionnelle, c’est-à-dire d’une reconversion professionnelle.

Vulnérabilité de l’emploi et orientation tout au long de la vie

Aussi, en France, 9 % des emplois sont aujourd’hui jugés vulnérables du fait de l’avancée de la technologie, de nombreux métiers voyant ainsi leurs avenir modifié par la robotisation (ouvriers qualifiés, journalistes, etc.). Notamment face à un monde du travail de plus en plus mouvant est né, dans les années 2000, le concept « d’orientation tout au long de la vie »[3]. Ce concept induit que le salarié doit être de plus en plus flexible, la formation initiale, vite obsolète n’est donc plus suffisante à évoluer tout au long d’une carrière. Le développement de capacités d’adaptabilité des étudiants, et la problématique de la formation continue sont donc plus que cruciaux que jamais.

Les problématiques de l’orientation aujourd’hui

Loin d’être une simple problématique individuelle, la formation est aussi un enjeu institutionnel. Ainsi, elle répond aussi au double enjeu d’égalité d’insertion professionnelle, et de fluidification du marché.

Au niveau social : réduire les inégalités afin de favoriser l’égalité des chances

L’orientation, vue dans la finalité d’égalité des chances renvoie le plus souvent à la question du mérite, reposant sur le choix et les efforts de l’individu. Cette finalité semble donc délaisser les forces externes que sont le sexe, l’origine sociale, etc.
Ainsi, par le prisme social, sont abordés la nature des inégalité à corriger et la hauteur des corrections qui doivent être apportées.

Au niveau économique : fluidification du marché

L’accès au marché de l’emploi sous-entend d’équiper intellectuellement la population salariée et les étudiants de nouvelles compétences leur permettant de gérer sur le long terme leur carrière professionnelle.
L’orientation est donc vue, sous ce prisme comme un facteur essentiel de la régulation du chomage structurel, et comme une réponse aux besoins de compétences dans les secteurs économiques en tension.

Au niveau individuel 

Trouver la voie professionnelle dans laquelle le -futur – salarié pourra s’épanouir et servir de la meilleure façon la société.

La problématique est donc moins de faire correspondre des étudiants ou des demandeurs d’emploi avec des filières d’avenir, ou des secteurs en tension, voués à disparaitre un jour, que, de développer chez eux les capacités que sont l’adaptabilité.

L’incertain mécanisme de l’orientation actuel durant la formation initiale

L’égalité des chances face à l’orientation et à l’emploi est remise en cause aujourd’hui. Cependant, on peut se demander si cette égalité se matérialisera sans un service de formation ayant une approche nationale.

Le processus d’orientation actuel

Le processus d’orientation actuel favorise les « bons élèves ». Ainsi, ce sont les parcours les plus élitistes qui constituent le mètre étalon de ce système méritocratique. Aussi, 37% des jeunes estiment que le choix de leur option résulte du fait que leurs parents les aient poussés vers cette voie. Ne voit-on pas les parents -zélés- des élèves du lycée général pousser leurs enfants vers les matières scientifiques par exemple ? Celles-ci étant considérées comme des filières de choix, leur permettra surement d’accéder à une formation considérée comme de qualité (ou élitiste).

On peut admettre que ce système qui incite les élèves à s’orienter en fonction de leur chance de réussite dans telle ou telle matière constitue une violence sociale, en excluant du système les élèves considérés comme « moins bons » vers des voies professionnalisantes encore déconsidérées.

Cette violence sociale est aussi alimentée par le manque de passerelles entre les différentes formations confinant pour certaines à l’enfermement dans une filière. Les élèves les moins à l’aise sont orientés dès le collège, vers des voies qu’ils auront beaucoup de mal à quitter. Aussi, on peut supposer qu’à cet âge, l’élève ne peut envisager son avenir professionnel avec une bonne connaissance de ses aspirations et potentiels. Ainsi, 20% des diplômés et des élèves de l’enseignement professionnel estiment qu’ils n’ont pas eu le choix de le leur orientation.

Les services à l’orientation

La lisibilité du paysage concernant les acteurs de l’orientation au niveau régional et national est difficile. Aussi, la création d’une plateforme unique qui représenterait l’approche nationale et les offres de formation sur le territoire national pourrait constituer une évolution intéressante.

Ce système d’orientation vers une formation semble ainsi socialement sclérosé par l’effritement du concept méritocratique, et, peu adapté au marché de l’emploi.

Les impacts du système d’orientation sur le cours de la vie active

Face au caractère mouvent du marché de l’emploi contemporain, et au défaut d’une orientation adaptée en cours de formation initiale, 40 % de la population active occupe un poste dans un secteur sans lien avec son domaine de compétence initial.

Quel est le profile de la personne qui s’est reconvertie professionnellement ?

Il s’agit souvent de personnes qui sont entrées plus vite sur le marché du travail et qui disposent d’une formation moins ciblée professionnellement, bien qu’un peu supérieurs à la moyenne. Il sont ainsi seulement 41 % à déclarer avoir atteint le niveau d’étude souhaité. Ainsi, ce profil bifurquant présente une insatisfaction de sa situation professionnelle. Cette insatisfaction nait, soit en raison de la rémunération, soit par manque de perspectives, soit à cause d’un environnement de travail se dégradant. Aussi, 45% des personnes souhaitant se réorienter espèrent gagner plus. Illustre bien ces propos les portrait de Rama que je vous présente mercredi.

Les raisons principale d’une reconversion

Les facteurs sociaux, environnementaux et individuels influencent la trajectoire en matière de réorientation puisqu’ils permettent ou entravent la capacité de tirer parti des ressources soutenant la réorientation ou la reconversion. Aussi la majeure partie des chômeurs ayant trouvé un emploi dans un autre domaine que leur domaine initial, l’explique par l’absence de choix ou de l’obligation de retravailler. Ce sont donc des raison matérielles.

Les facteurs agissant sur l’orientation

Comme nous l’avons vu ci-dessus, nous ne sommes pas tous égaux face à l’orientation. Aussi, les inégalités se font sentir en fonction du niveau de diplôme et de catégorie socio professionnelle (CSP). Je reprend mon exemple de cadre : « bien diplômée » et informée, j’ai la chance de pouvoir choisir ma réorientation. D’autres moins diplômés, et certainement plus contrains à la précarité matérielle ne choisissent pas forcement le secteur dans lequel ils se réorientent.

L’influence du diplôme

L’absence de qualification a un effet sur la probabilité de changer de métier ou de secteur d’activité, mais aussi sur la période de l’instabilité qui suit la sortie des études.

L’influence du statut professionnel

Si le fait d’être au chomage augmente la probabilité de changer de voie professionnelle, et la perception du risque, on constate que les actifs des CSP[4] supérieures sont plus nombreux à être satisfaits de leur réorientation que ceux des CSP inférieures.

Ces problématiques d’accès à l’orientation ou à la réorientation interrogent sur la réforme de la formation. Celle-ci, bientôt parcellisée en blocs de compétences doit en effet permettre une facilité de réorientation durant le parcours universitaire, mais aussi permettre des ponts avec le monde professionnel. Ainsi l’enjeu est-il la fluidification du parcours professionnel dès/par la formation.

Les enjeux de la modularisation de l’enseignement

Dans la perspective de la « formation tout au long de la vie », le développement des compétences des actifs est corrélé au développement de leur employabilité. Comme dit précédemment 9% des emplois sont vulnérables, dû à l’avancée technologique, et au fait que le monde du travail devient de plus en plus mouvant.

La compartimentation de la formation en blocs de compétences

La loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale fait référence à la notion de blocs de compétences pour les diplômes professionnels, et la mise en œuvre d’un Compte Personnel de Formation. En outre, dans leur rapport, inspection générale de l’éducation nationale (IGEN) et inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR), vise les objectifs en outre :

  • Sécuriser les parcours afin d’éviter que toute sortie précoce ne se traduise par une absence de validation de compétences ;
  • Fluidifier les parcours entre les niveaux de formation et permettre que les acquis d’apprentissage d’un niveau puissent être pris en compte ou valorisés dans la certification du niveau supérieur.
  • Servir la conception de formations, la mise à jour des contenus, en phase avec l’évolution des emplois, et aptes à répondre aux besoins en compétences des métiers et des filières ; – permettre et faciliter la mise en œuvre du droit au retour en formation des jeunes gens, notamment ceux qui seraient sans diplôme ;

La fluidification du parcours professionnel dès et par la formation

Ainsi est affirmée la nécessité d’un langage commun partagé par les acteurs de la formation initiale et de la formation continue. Aussi la modularisation des diplômes nécessite de prendre en compte une logique de compétences, mais aussi, les contraintes des entreprises et des salariés en matière d’accessibilité et de financement de la formation.

La réforme permettra au salarié de fluidifier son parcours d’orientation ou de réorientation par la Validation d’Acquis d’Expériences. Ces derniers le dispenseront, en fonction de son profil, de suivre certaines unités d’études d’un bloc de compétences. Cela apportera une lisibilité de tout son diplôme, et lui permettra d’obtenir un titre ou un diplôme sur plusieurs années.

Qu’est-ce qu’une compétence

Les compétences professionnelles se traduisent par des actions et des comportements observables. C’est la mobilisation de plusieurs savoirs dans un contexte ou une situation donnés. Ainsi, une compétence est une capacité à combiner savoir, savoir être et savoir-faire en vue de réaliser une tâche donnée.

La transversalité des connaissances par l’intégration des blocs de compétences

Ainsi, loin d’apporter des seules connaissances théoriques, peu adaptées au marché du travail, la formation, vue sous le prisme de blocs de compétences tend à rendre l’orientation plus aisée. En effet, elle établit des passerelles entre différentes formations afin de faciliter la réorientation d’un élève. Aussi, par une plus grande lisibilité permet-elle la reprise d’études par un parcours identifié au long de la vie professionnelle, notamment par l’existence de la Validation d’Acquis d’Expérience, pouvant constituer une unité d’un bloc. Précisons que plusieurs blocs constituent un grade de diplôme et qu’un bloc peut être commun à plusieurs diplômes de disciplines différentes. L’ouverture et la flexibilité se fait donc par la transversalité des savoirs, et savoir-faire.

Peut-être que la réforme de la formation, par la création de bloc de compétences permettra de créer des ponts entre vie professionnelle et études. Si elle permettra d’identifier les compétences de chaque étudiant quelque son grade de sortie de scolarité, elle autorisera en outre le professionnel à reprendre des études, tout en voyant son expérience reconnue. Bien menée, la réforme peut assouplir un système éducatif et d’orientation encore sclérosé et élitiste.


[1] Je suis cependant très heureuse de l’entrée progressive de la culture hip hop dans ce très étriqué socle

[2] Les statistiques de ce billet sont issues de ce rapport

[3] L’article 3 de la loi de novembre 2009 instaure le droit à l’information et à l’orientation professionnelle qui stipule que « toute personne dispose du droit d’être informée, conseillée et accompagnée en matière d’orientation professionnelle »

[4] Catégorie Socio Professionnelle

Annabelle

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