CARNET DE DESSEIN

La reconversion professionnelle sans clichés

Rama : Formation et insertion professionnelle

-Quand les désillusions universitaires entament la confiance en soi-

Parcours que pourrait éviter la réforme de la formation universitaire – Si nous savons déjà que le diplôme n’est plus gage d’un parcours professionnel stable, un parcours universitaire achevé trop tôt – selon les employeurs- peut être source de déboires professionnels. Aussi, perte de confiance et difficultés d’insertion sociale peuvent être le lot de ces jeunes, sortis hors des sentiers balisés de la fac. Je m’entretiens aujourd’hui avec Rama, qui est l’une d’entre eux.

Sans compétences considérées comme identifiables par les employeurs, l’insertion dans la vie professionnelle est difficile. Ainsi, les périodes d’instabilités professionnelles se font plus longues. Malgré l’envie de Rama d’un métier transversal, ne devons-nous pas nous féliciter de la réforme de la formation ? En effet, notamment par l’identification de compétences à chaque grade, peut-être réduira-t-elle les difficultés d’insertion.

Face à l’hyper professionnalisation de la formation, l’insertion des profils généralistes devient difficile :

Je crois qu’entre rêve et retour sur Terre, on se reconnait un peu en Rama. J’ai cependant l’impression, que ce que l’on peut ressentir comme un échec scolaire ou universitaire, altère sévèrement notre confiance. Ainsi, dans le cas de Rama, non acceptée dans une formation de master 2, aucun accompagnement, aucune voie alternative ne lui ont été proposés. C’est un cercle vicieux. Profil trop généraliste elle a aujourd’hui du mal à stabiliser sa vie professionnelle. Ainsi, sa confiance entamée, mon sentiment est que, comme beaucoup, elle a besoin d’un assentiment professionnel avant de se lancer dans une éventuelle quête d’indépendance, subrepticement envisagée.

Il y a certes un décalage entre notre envie d’une certaine indépendance, et la sectorisation grandissante de la formation et des emplois. Cependant, la problématique majeure à l’heure actuelle est que cette sectorisation est une cause de « rejet » professionnel » des profils trop généralistes… Car l’on ne se forme plus sur le tas, finie cette époque.

Une intellectuelle issue d’un milieu « populaire »

J’ai rencontré Rama durant une soirée de rencontre organisée. Je me souviens d’un sourire un peu gêné et d’une agréable conversation. En formation à l’Institut d’Etudes Judiciaires, elle passait alors l’examen du barreau. Perdue de vue, elle me recontacte lors de la création de mon blog. Ce dernier est centré, entre autres sur les rêves et déboires de notre génération. Rama, est le contre portrait des stéréotypes de réussite des enfants d’intellectuels. Aussi, cela aurait pu être un conte. Ses parents sont des intellectuels rayonnant par un certains prestige dans leur communauté, et dont le père est un réfugié politique. Elle se définit pourtant comme venant d’un milieu populaire. Elle a cependant le capital culturel.

Les désillusions universitaires ou le début de ses déboires professionnels

Rama est le portrait d’une jeune femme de son temps, mais pourtant, de ceux dont le parcours est trop peu souvent relaté. Curieuse, peut-être un peu rêveuse, et dont le parcours universitaire en droit, émaillé de quelques désillusions semble avoir entamé sa confiance en elle. Peut-être poussée par son enthousiasme et l’envie de s’inscrire dans une formation, en master, qui la faisaient vibrer, elle n’envoie ainsi sa candidature qu’à trois d’entre eux. Rude concurrence oblige, elle n’est pas admise. Ne lâchant pourtant rien, elle tente l’examen du barreau, sans prépa, elle est recalée. Ce parcours universitaire, sortant des sentiers battus, car considéré comme inachevé par les employeur, signe le début de ses déboires professionnels.

Une formation généraliste ne lui permettant pas d’accéder aux métiers souhaités

Malgré stages et CDD en cabinets, elle ne parvient pas à intégrer le milieu juridique qui selon ses mots, sans formation de master 2, la considère comme « insignifiante ». Elle enchaine ensuite les emplois qu’elle juge comme accessibles, tel que mandataire à l’Union Départementale des Association Familiales (UDAF) et un emploi à la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI). Elle ne se sent pas à sa place, il lui manque l’humain, que cela soit dans l’exercice de ses fonctions de tuteur/curateur pour l’UDAF ou dans le relationnel professionnel. Le manque de confiance se fait alors ressentir plus vivement, et c’est alors qu’elle me dit que « si tu n’as qu’une maitrise tu ne vaux rien ». Effectivement, le système universitaire lui a permis d’arriver en master 1, sans lui garantir une formation en master 2. Etonnante sélection méritocratique, laissant la juriste généraliste qu’elle était sur le carreau professionnel.

Des déboires professionnels ayant une incidence sur son insertion sociale

Les conséquences de ces difficultés d’insertion professionnelles sont aussi d’ordre amical. Ses camarades de fac, « bien diplômés », commençant alors à s’établir dans la vie, ne comprennent pas, ce qu’ils considèrent comme son inconstance professionnelle, voire sa fénéantise. Aussi, lui reprochant de devoir faire attention à ses faibles moyens lors de l’organisation de sorties. Ils finissent par insidieusement la lâcher. La réflexion des discours volontaristes de ses « amis » avait comme effet d’accroitre le manque de confiance en de cette dernière. Cela génère chez elle une peur d’agir. Peur de postuler, de se faire rejeter, d’essuyer un échec. Rama rêve…elle pense à ce vers quoi elle pourrait aller.

La reprise de confiance en elle par la réorientation professionnelle

Ayant suffisamment cotisé sur son Compte Professionnel Formation (CPF), elle s’offre par ailleurs un bilan de compétences. Faisant du théâtre, le secteur de la scénographie se dégage particulièrement du bilan. Le milieu est cependant, trop sectorisés, découpés en silos. Ce qu’elle aime, c’est de créer le décors de A à Z. On en revient à l’envie d’indépendance, qui dans une certaine mesure peut être substitué par un rôle transversal tel qu’offert par celui de chef de projet…

Oui, chef de projet, dans la scénographie, et puis une idée en amenant une autre, une multitude de secteurs sont possibles car elle est curieuse…Comme je vous le disais, elle est un peu est rêveuse. Elle est prête à s’investir, à apprendre, à saisir les opportunités tant que sa curiosité est assouvie, car je crois que c’est ça qu’elle a, elle est vive est curieuse. C’est ce qu’a dû déceler, une chargée de communication, rencontre providentielle, dans l’accompagnement de sa reconversion en chef de projet : rédaction de CV, profil LinkedIn, etc.

A la lecture ce parcours, on ne peut donc que souhaiter que la réforme des universités en cours, par la mise en place de blocs de compétences, et la professionnalisation des filières dès la licence puisse éradiquer les déboires liés aux parcours universitaires moins « balisés ». D’ailleurs, je vous propose de lire mon billet sur « L’orientation de la démocratisation et ses enjeux ».

Annabelle

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